25/01/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille est à Pontarlier. Il remercie son oncle Denis pour l’envoi du livre du Gradé et sa cousine pour lui avoir tricoté des mitaines. Il dit souffrir du froid et seulement du froid. Mis à part une fatigue dans les jointures, il ne se plaint pas. Cette légèreté ne trompe pas. Il donne le change, et détaille son quotidien d’apprenti soldat.
Portrait de CamilleMon cher oncle,
Tout d’abord, laissez-moi vous remercier pour le livre « du Gradé » que vous m’avez envoyé. C’est le livre le plus moderne et qui convient le mieux pour nous, élèves-caporaux. Mes chefs l’ont approuvé pleinement.
Je remercie également ma cousine pour la paire de mitaines que, je devine, elle m’a tricotée. Elle est très chaude et très pratique, car je peux la conserver même pendant le tir.
Pour moi, mon instruction militaire s’accentue de jour en jour. Cette vie ne manquerait pas de charmes, si ce n’était cette température très basse qui y règne continuellement. Nous avons eu ces jours derniers jusqu’à -18° pendant la nuit. Dans la chambrée, il y faisait -6 ou -7°. Tout gelait : l’eau, le lait, l’encre dans nos encriers. Heureusement que cette vague de froid a cessé. Nous n’en avons pas moins pour cela -8 ou -10°.
Nous avons déjà fait des marches de 24 kms dans la neige et beaucoup de service en campagne. Nous avançons également pour le tir : cet après-midi, en outre, nous avons fait un tir de groupement, nous avions chacun huit balles à tirer, 4 tirs sur un point noir et les autres sur une croix noire dessinée sur le même carton. Les élèves-caporaux se sont classé les premiers tireurs de la Compagnie. Pour ma part, j’ai obtenu les notes : très bien. Très bien, c’est appréciable pour un élève-caporal.
J’espère que vous êtes en bonne santé, ainsi que ma cousine.
Quant à moi, je me porte en somme bien, à part une légère indisposition, une fatigue générale dans les jointures. Mais je crois que cela ne tient qu’au froid et à l’humidité continuelle des pieds, car il y a ici 50 cm de neige. Ce ne sera donc que passager et au surplus on nous a remis ce soir une autre couverture, ce qui m’en fait trois.
J’ai reçu une carte de Charles, il va partir au feu, me dit-il. Espérons qu’il en reviendra indemne. Moi, je ne crois pouvoir partir que vers le 19 mars.
La nourriture est assez abondante, on nous sert même tu thé à 4 heures. Sur ce point, nous n’avons pas à nous plaindre.
La discipline est très rigoureuse pendant les heures d’exercices, mais enfin elle est indispensable.
Somme toute, vous voyez que je ne suis pas trop à plaindre.
Je vous embrasse affectueusement, ainsi que ma chère cousine.
Votre neveu, Camille Zaleski.
44e d’Infanterie
27e Compagnie, 4e Section
16e Escouade
Camp des Pareuses, Pontarlier, Doubs.
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