20/02/1915 – Journal intime de Maxime

202e jour de guerre. En pleine canonnade, mots choisis pour aimer la beauté. Peut-on encore s’émerveiller de la nature qui s’ébroue de l’hiver dans l’enfer des bombardements et le vacarme ? L’asile de ces heures choyées, Maxime l’a trouvé près de la petite église et de son cimetière accueillant… et Rimbaud est invité à ce voyage intérieure.
Samedi 20 février. Oh ! comme vous filez, jours. Exercices toujours. Mes officiers m’irritent. Je me sens bien portant et ça me porte au rêve. Le soir, près de l’église, au cimetière, je dis au vent mes espoirs envolés. Déjà le soleil chauffe, les chouettes chantent, les petits oiseaux s’apprêtent à nicher, et à aimer. C’est le renouveau. J’aurais vu le printemps de loin. Je serai sortir de mon engourdissement. Oui, j’ai vieilli. Je ne puis plus chanter, mais j’ai gardé, et c’est là tout, l’amour de la beauté. Le bon village, cette église où il fait sombre le soir, le cimetière accueillant, où l’on se rapproche des morts. Ainsi, la vie va finir. Quelques jours d’enfer encore. Au milieu d’un vacarme terrifiant, puis la mort. Les marmites qui éclatent au lointain lancent ma rêverie, engourdissent mes souvenirs. En bas, les poilus, ces éternels enfants, jacassent. Moi, dans mon coin tranquille, je veille et je pense. Oh ! Posnanie, je reviens vers toi en rêve. J’ai revu Dembiniec et Mme Don, mais mon amie ne se tournait pas accueillante vers moi. Oh ! ma vie qui finit. Qu’ai-je fait sur cette terre ? « Macha Strowski », vous m’avez prouvé que je n’avais rien de génial. Jean (Birmann), l’abbé, vous m’avez par votre affection prouvé presque le contraire.
Les jours passent. Jean m’écrit en pleine bataille. Oh ! pourquoi la fortune nous sépare-t-elle ? Jean, que deviendrais-je si tu meurs ? Je veux mourir aussi.
Depuis deux jours, pas de lettres. Ça traîne, ça traîne.
Les Boches reculent, parait-il, à notre tout d’avancer. On y va.
Ce matin, par-delà les bois du Nord, nous avons vu des fumées de repérage, et des aéroplanes tournoyaient en tous sens. Ça va chauffer là-bas. Quelle vie dans la paille, dans la boue, et parmi les décombres. Les ruines menacent d’assommer nos cuisiniers. Je tiens bon, je me cramponne, et ma gorge aussi.
Patience, les jours passent. On vit toujours. Allons-nous voir s’évanouir ce cauchemar ? Par moments, quand l’air est doux, et que je suis au repos, je ne puis croire à ce qui est. Je me plonge dans Rimbaud, le mystère m’enveloppe et me crois dans un monde tout autre, où il est dur d’avoir accès. Rimbaud. Adsum, adsum. Encore. Jean, je viens. Attends et aime-moi.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s