29/04/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille est toujours à Pontarlier. Le tirage au sort lui a encore épargné un départ au front. Mais cela ne saurait tarder. Il commande à son oncle de garder son sang-froid. Pour lui, Maxime est peut-être fait prisonnier sans pouvoir donner signe de vie. Il veut garder espoir et supplie son oncle d’en faire autant. Il ne peut imaginer que le « meilleur » d’entre eux parte le premier. Il explique qu’il ne peut être appelé sur les lettres « caporal », n’ayant pas encore reçu les galons, bien qu’il tienne ce poste à plein temps.
Portrait de Camille Pontarlier
Mon cher oncle,
J’ai su en effet par Émilia la disparition de notre cher Maxime. C’est une triste nouvelle, mais enfin, tout n’est pas perdu. Peut-être n’est-il que prisonnier et blessé dans l’incapacité de donner de ses nouvelles ? Espérons et espérons encore ; il n’est pas permis que Dieu nous retire le meilleur de nous. Reprenez votre sang-froid ; réagissez ; qu’à ce malheur ne s’y ajoute pas un autre aussi terrible. Bonne cousine doit souffrir aussi. Et ce pauvre Charles qui est dans les tranchées depuis déjà longtemps. Ah ! c’est un bien triste moment que nous passons tous. Et nous ne sommes pas les seuls ; les 3/4 des familles françaises sont dans le même cas. Je m’attends à partir un de ces jours. Beaucoup de mes camarades sont maintenant au front. Il est parti hier un détachement de 33 hommes. Ils ont été tirés au sort ; les lettres M-B-P-Y sont sorties. C’est pourquoi j’ai attendu aujourd’hui pour vous écrire. Je remplis maintenant les fonctions de caporal, c’est-à-dire que j’ai le même service d’un caporal sans en avoir les galons ni la paye. Aussi écrivez toujours « soldat » et non « caporal » comme le fait Émilia, car ce serait plutôt prétentieux de me donner un grade avant en recevoir les galons. J’ai reçu votre mandat de 20 francs. Je vous en remercie. Je n’ai pas eu le temps d’y songer dans ma dernière lettre, au reçu de celle de Marius m’apprenant la funeste nouvelle. J’espère que votre santé va s’améliorer et l’espérance renaître et persister. Émilia a eu le bonheur de conserver Emile auprès d’elle.
Recevez, mon cher oncle ainsi que ma chère cousine mes plus affectueux baisers.
Je vous remercie pour le paquet que vous voulez m’envoyer. Il me parviendra toujours à Pontarlier, même si j’en étais parti.
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