28/01/1916 – Annonce de la mort de Camille

Camille a été tué le 24 janvier. C’est le caporal de sa compagnie qui se charge de l’annoncer à Denis. Il prend la peine de raconter les circonstances de sa mort. Avec beaucoup de délicatesse, il l’informe de ce qu’il est advenu du corps et fait le recensement de ce Camille avait sur lui. Des lettres, ses pipes, de la menue monnaie et ses dernières volontés : un enterrement catholique.
Belgique
Monsieur,
Excusez-moi si je prends la liberté de vous écrire, c’est pour vous annoncer une bien triste nouvelle. Votre neveu Camille Zaleski a été tué dans la journée du 24 au cours d’un violent bombardement effectué par les Allemands. Je vais vous narrer si possible les tristes péripéties de cette terrible journée.
Nous étions montés aux tranchées le 19 au soir pour en descendre le 24 au soir. Les trois premiers jours s’étaient assez bien écoulés, mais le 24, à onze heures, les Allemands commençaient un bombardement d’une violence inouïe, encore sans pareille dans ce secteur. Pendant six heures, ce fut un torrent de fer et de feu ; les obus tombaient par centaines. Vers midi, un obus de 150 est venu tomber sur la « cagnac » où se trouvaient Zaleski et deux autres, son caporal et son ami intime Bador. Tous trois furent tués sur le coup. Aussitôt que j’ai pu faire dégager son corps ainsi que celui de ses camarades, je les ai fait descendre à Nieuport-Bains, où ils seront enterrés demain 29 à six heures et demie du matin.
Je vais assister à cette pauvre remise du corps à la terre ; auparavant, je lui ai fait dire une messe par un prêtre de mes amis.
Aussitôt que la tombe sera numérotée, je vous enverrai le numéro. Il sera enterré au cimetière des Zouaves à Nieuport-Bains.
En fouillant ses poches le 24, j’ai trouvé sur lui un portefeuille contenant des lettres, son livret militaire, un porte-monnaie contenant quelques francs et deux pipes. J’ai remis le tout au chauffeur (?) qui vous fera parvenir ces chères reliques. Dans son portefeuille, se trouvait une lettre où il demandait un enterrement catholique, c’est pour obéir à sa dernière vont que je l’ai fait.
Pardonnez-moi, Monsieur, si je vous annonce cette nouvelle aussi brutalement, mais je ne puis pas le faire autrement et je crois qu’il vaut mieux une certitude aussi cruelle soit-elle au doute affreux qui doit vous étreindre.
Recevez monsieur, les plus sincères condoléances d’un ami qui prend part à votre douleur.
Paul Giraud, Caporal Fourrier 4e Zouaves — 44 Compagnie — Section 131.
La tombe ne sera pas abandonnée ; à chaque fois que nous monterons aux tranches, j’irai prier aux pieds de celui qui vous était cher.
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