Intention de l’auteur

Je m’appelle Nathalie Gendreau. Je suis romancière et biographe, animée par le désir d’être un relais de la mémoire, de toutes les mémoires. Je relate les histoires familiales en les ancrant dans la grande Histoire. Je suis passionnée de généalogie et pourvue d’une insatiable curiosité. Le profil idéal pour la grande aventure qui va suivre.

Ce site dévoile la correspondance de Maxime, Camille et Charles Zaleski, trois poilus partis au front, dont deux ne reviendront pas. Je vais vous faire découvrir, au fil des lettres, leur vie et leurs préoccupations jusqu’à leur dernier souffle héroïque.

Les Zaleski m’étaient inconnus. Alors, quel intérêt de créer un site qui leur est consacré, me direz-vous ? En vérité, le hasard s’est un peu mêlé à l’affaire. Et mon intérêt pour les histoires de famille, surtout les endormies, celles qui ne demandent qu’à reprendre leur souffle sous une plume, a fait le reste. Le destin a voulu que je recueille des lambeaux de lettres et de sacrifices de cette famille cent ans plus tard. Mais, reprenons depuis le début.

Les familles Zaleski et Gendreau ont un lien, bien menu – je le concède -, mais sans lequel je n’aurais pu partir à la découverte des frères Zaleski, Maxime, le brun ténébreux, et Camille, le blond insouciant. Nos deux familles ont vécu à Saintes, en Charente-Maritime, chacune de son côté et à des époques différentes. Je vous avais prévenu, le lien est infime ! Il a suffi d’une improbable circonstance, ou devrais-je dire, d’une merveilleuse coïncidence, pour les réunir.

Un jour, en 2002, alors que je suis en vacances à Saintes, je vois arriver ma sœur avec un carton puant le renfermé. « Je crois que cela peut faire ton bonheur ! » me dit-elle, avec un sourire complice. Elle ne croyait pas si bien dire ! Elle avait fait l’achat d’une maison, dont la cave contenait encore un carton débordant de paperasses rongées par l’humidité et les rats. Le vendeur n’en voulait pas, il s’en fichait. « Faites-en ce que vous voulez ! Vous pouvez vous en débarrasser, ça ne m’intéresse pas. » Ne savait-il pas que ce vieux carton recelait un trésor irremplaçable ? Il s’apprêtait à jeter des archives familiales aux ordures sans états d’âme. Des souvenirs liés à l’histoire, à la littérature, au sacrifice de deux hommes pendant la Grande Guerre ! Le vendeur était un descendant par les femmes de Joseph Bohdan Zaleski, poète et homme de lettres polonais, un exilé politique réfugié à Paris. L’ignorait-il ?

Du premier coup d’œil, je détermine l’importance du legs familial méprisé. Moi qui rêvais d’avoir des archives expliquant la vie de mes ancêtres, la manière dont ils s’exprimaient, ce qu’ils ressentaient, ce qui les avait conduits là où ils en étaient. Bref, tout ce qui fait que je suis devenue moi. Je n’ai rien eu de tout cela, et là on m’apportait sur un plateau, certes un peu moisi, une autre saga, une saga polonaise. Avec une stupéfaction mêlée d’incrédulité, je tenais entre les mains des photos de Joseph Bohdan Zaleski, cet homme à la barbe vénérable, à la stature altière qui finira sa vie aveugle. Je lisais ce que j’appelle son « testament philosophique » à l’intention de ses enfants, où il déclare son attachement indéfectible, irréfragable, indestructible, envers ce qu’il considère comme deux sœurs que sont la France et la Pologne. Entre les lignes se répand, se propage, s’épanouit amplement l’amour profond qu’il éprouve envers ses enfants et petits-enfants. C’est l’écriture d’un vieil homme qui s’apprête à quitter « cette terre qui l’a fait tant souffrir » non sans édicter ses recommandations, comme le chef de famille qu’il est. Cet amour-là même qui a été transmis dans les gènes et qui a poussé quatre de ses petits-fils à partir au front défendre l’honneur bafoué de la France. Marius a été réformé, malgré son engagement. Charles s’en est sorti, travaillant dans un ministère après avoir connu le front. Comme on le sait maintenant, Maxime et Camille n’en réchapperont pas.

La main délicate et l’esprit en effervescence, je fais l’inventaire : des photos, des plaques daguerréotypes en verre, des actes de naissance, des premiers prix à l’école et au collège appartenant à Maxime, une correspondance impressionnante entre les soldats et leurs proches et un petit carnet noir qui appartenait à Maxime, le sage, le réfléchi, dans lequel il avait consigné sa formation militaire et ses réflexions sur le sens de la guerre et de la vie. Il le portait sur lui le jour où il est tombé au Champ d’Honneur.

Ce soir-là, le peu que je peux lire me fait prendre conscience que les Zaleski en plus d’être une famille aimante, très attentionnée les uns envers les autres, avaient l’âme élevée et un sens du devoir prononcé jusqu’à la négation de soi au profit des autres et de la Patrie.

Ma nouvelle vie à Paris, très intense professionnellement, m’a contrainte à laisser reposer ce trésor chez mes parents, toutefois avec l’idée de rechercher des descendants plus tard. Mais ce plus tard a traîné, trop longtemps, je le reconnais. Il a fallu la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale pour que la famille Zaleski revienne frapper à la porte de ma conscience. Je me sentais honteuse et non digne du cadeau que le Destin m’avait fait. J’étais passée à côté de mon devoir. Que devais-je faire de ce trésor familial ? Les héritiers n’en avaient pas voulu. Y en avait-il d’autres, susceptibles de recueillir cette mémoire familiale et de l’honorer comme il se doit ? Avais-je le droit d’en disposer ?

Transmettre cette histoire m’est alors apparu comme capital, si ce n’est aux descendants sinon à la mémoire collective. Moi qui suis attachée viscéralement à la mémoire et à sa transmission, je ne me résous pas à abandonner Bohdan, Joseph, Denis, Maxime, Camille, Charles, Jeanne et Émilia. L’histoire familiale ayant rejoint par la courageuse action de ses membres l’Histoire de France. C’est pourquoi je me décide, enfin aujourd’hui, à vous livrer celle de Maxime et de Camille, ces deux poilus partis dans la tourmente sans en revenir.

Je tiens à rendre hommage à cette famille dont les fils ont combattu, l’amour de la France coulant dans les veines, et dont au moins deux de ses membres ont vu cet amour nourrir la terre belge. Ils n’étaient pas plus vaillants ni plus braves que d’autres soldats de cette époque, c’était des hommes brillants au destin tracé par une lignée d’hommes courageux. C’était des hommes droits qui faisaient simplement leur devoir.

Il y a exactement cent ans, le 10 mars 1915, Maxime tombait en héros sous la mitraille furieuse des Allemands, des « Boches » écrivait-il alors.

Je vous invite dès à présent à vous plonger dans une réalité qui ne doit jamais mourir.

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