21/01/1916 – Lettre de Camille à Denis

Camille adresse une courte lettre pour remercier son oncle de ses colis. Il se réjouit de la meilleure santé de sa sœur, et de la présence de Charles près de son oncle.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Je suis en bonne santé. Je vous remercie pour le colis de tabac que vous m’avez envoyé. J’ai reçu également le colis d’Émilia. Je suis heureux de savoir Charles auprès de vous et pour si longtemps. Cela le changera de la tranchée où il est resté tant de temps. Je suis heureux de savoir Jeanne en bonne santé. Je n’ai rien reçu de Marius encore. Bons baisers. Camille.
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17/12/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille accuse réception de son colis, et notamment la recharge d’alcool solidifié qu’il n’a pas pu trouver au front. IL évoque Charles qui est reparti cette fois-ci pour Cherbourg et de Émile et Émilia qui l’ont encore — il semble que cela devient une habitude — manqué.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
J’ai reçu votre petit colis contenant la boîte de recharge d’alcool solidifié et le crayon encre, je vous écris même avec celui-ci. Je vous en remercie beaucoup, vous êtes bien bon pour moi. On nous a remis, à chacun, deux paquets de cigarettes algériennes : cadeau de Noël de l’Algérie et Tunisie pour ses zouaves. Nous avons en outre un gros stock de paquets de tabac à distribuer.
Charles doit être à Cherbourg maintenant. Émile et Émilia ne perdront donc jamais la malchance d’arriver après le départ de celui et ceux qu’ils veulent voir. J’espère que vous êtes en bonne santé. La mienne est bonne. Il fait bien froid ici. Je vous embrasse affectueusement. Bien à vous. Camille.

25/11/1915 – Lettre de Camille à Denis

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Camille monte de nouveau aux tranchées, il est content d’avoir reçu un réchaud de son oncle qui lui servira bien dans l’hiver qui se prépare. Il en profite pour lui réclamer un quart qu’on lui a pris. Il est content que son frère Charles quitte bientôt la Belgique. Mais il devra monter deux fois au front !
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
J’ai reçu votre colis. Je vous en remercie beaucoup. J’ai saisi le montage du petit réchaud. Je pourrai m’en servir demain et les jours suivants, car je monte aux tranchées ce soir, en 1ère ligne. Je vous remercie d’avoir songé à l’utilité de cet objet pour moi.
J’ai vu Charles avant-hier. Il est en bonne santé et compte quitter la Belgique le 6/12. Il aurait donc encore deux fois à monter aux tranchées.
J’espère que votre santé est bonne, la mienne l’est également. Si vous recevez ma carte avant d’avoir vu M. Banoun, remettez-lui, je vous prie pour moi la cravate bleue que je vous ai laissée, ainsi qu’un quart, car on m’a pris le mien aux tranchées. Vous pourrez trouver un quart dans toute quincaillerie.
J’ai reçu des nouvelles d’Émilia et de Jeanne il y a quelques jours. J’espère que la santé de Jean s’améliore, puisse-t-il avoir la chance dans son prochain conseil de réforme. Je lui ai écrit il y a quelques jours.
Pauvre oncle Charles, il souffre toujours. Je regrette d’avoir oublié sa fête, et je vais m’efforcer de réparer cet oubli par une longue lettre à son adresse.
J’ai appris que vous aviez Ninette avec vous. Donnez-lui un gros baiser du Zouave et recevez vous-mêmes, chers parents, mes meilleurs baisers. Camille.

20/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

C’est l’anniversaire de Camille dans cinq jours. Il reçoit une lettre de son oncle qui lui souhaite de revenir de cette guerre. Il évoque l’arrivée de nouveaux casques, en métal cette fois-ci censé les protéger des projectiles de tout… feu. Mais comment se protéger des parasites et des gros rats lorsqu’on vit enterré… ?
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Mes chers parents,
Je viens de recevoir votre lettre. Je vous remercie de vos bons vœux de bon anniversaire. J’espère qu’ils seront exaucés et que je me tirerai sans accroc de ces sales Boches. Je n’ai pas encore reçu votre colis, car on ne les touche qu’au repos ; je vous en remercie, je le toucherai probablement demain. C’est ce soir la relève, je vais aller passer de nouveau quatre jours au repos, au bord de la mer. Nous avons touché des casques en métal. Ils peuvent parfois nous protéger des balles et des éclats d’obus.
J’espère que vous êtes en bonne santé. La mienne est excellente. L’inconvénient est que nous avons des parasites, ainsi que de gros rats. Enfin, en y faisant attention et en se tenant propre à n’en avoir que très peu. Bons baisers, chers parents ; recevez de bons baisers de votre Camille.
Un très bon souvenir de René (Bador).

18/05/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis espère lui aussi que Camille reste le plus longtemps possible à Pontarlier… parce que le climat est vivifiant en cette saison ! Le sens du devoir l’empêche de dire qu’il ne voudrait pas qu’il aille lui aussi au front. La douleur de perdre Maxime est toujours prégnante. Pourra-t-il surmonter un autre décès ? La famille le pourra-t-elle ? Denis ne peut le dire, ne doit pas le dire.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
J’ai reçu ta dernière carte par laquelle tu m’annonces que tu es resté encore à Pontarlier. J’espère que ma lettre et la carte de Jeanne te trouveront encore en cette ville. Il doit y faire bon maintenant que le soleil est plus chaud et que les sapins commencent à pousser et à exhaler leur parfum vivifiant. Je souhaiterais que tu puisses rester le plus longtemps possible dans cette région, afin de te fortifier.
As-tu reçu le paquet que je t’ai envoyé il y a quelques jours avec une chemise, c’est plutôt Bohdane que moi qui t’a envoyé, car c’est elle qui l’a préparé avec le soin qu’elle met toujours. As-tu besoin encore de quelque chose, écris-le franchement, car lorsque tu seras sur le front, les communications seront plus difficiles.
Nous avons eu des nouvelles de Charles, il se bat en Belgique et il est fatigué, car il a eu peu de repos. Les Boches attaquent continuellement et il faut être toujours en état de les repousser. Il a changé de bataillon et de compagnie. Il faut adresser désormais les lettres à M. C. Z. Fourrier au 1er régiment de marins, 1er Bataillon, 2e Compagnie, secteur postal 131.
Bernard a changé d’emplacement, nous ne savons plus où il se trouve, il a dû partir dans le nord de la France.
Émilia devait arriver à Paris avec Dédé pour nous voir, car il y a déjà longtemps qu’elle était venue. Mais au dernier moment, Dédé a attrapé la rougeole et il est à craindre que le petit Henri la gagne aussi.
Écris-nous plus souvent et donne-nous de tes nouvelles. Fais-nous connaître quand tu seras sur le point de partir sur le front et de quel côté tu crois être envoyé.
Bohdane se joint à moi pour t’embrasser tendrement. Ton oncle Denis.

10/05/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille accuse réception des colis d’effets. Cette longue lettre détaille sa vie de « troupier à Pontarlier », qui inclut manœuvres et exercices. Il évoque la décoration d’un capitaine originaire de Saintes qui s’est évadé de prison malgré ses blessures. Un certain M. Smyth…
Portrait de Camille Pontarlier
Mon cher oncle, Ma chère cousine,
Tout d’abord, laissez-moi vous remercier pour les 2 colis que vous m’avez envoyés ainsi que pour le mandat. Les 2 colis contenaient, en effet, ce que vous m’avez énumérés (2 paires de chaussettes, 1 caleçon, 1 flanelle et 1 mouchoir bleu)
. Ça fait plaisir de pouvoir mettre du linge propre et de changer fréquemment.
Je suis heureux de savoir Jeanne auprès de vous et qu’Émilia va aller vous voir d’ici peu avec Dédé. La présence de Jeanne, d’Émilia et surtout le gai babil de Dédé contribueront, je l’espère, à votre prompt rétablissement.
Quant à moi, je travaille ferme ici. Nous avons fait, vendredi dernier, une marche manœuvre de 30 kms à travers bois et sur un terrain très accidenté, bien entendu. Nous nous sommes élevés à 1 400 mètres d’altitude, c’est-à-dire que Pontarlier se trouvant à 853 mètres d’altitude nous sommes élevés de 547 mètres sur une distance de 8 kms environ. C’était pénible en raison de la lourdeur du sac et de l’atmosphère accablante, le temps étant orageux. Samedi, nous avons en revue du Commandant d’armes de Pontarlier qui en a profité pour décorer et faire Chevalier de la Légion d’honneur le capitaine Smyth (?) du 6e de ligne de Saintes. Cet officier, blessé et prisonnier, a réussi, avant complète guérison de ses blessures, à s’évader d’Allemagne et revenir en France en passant par la Suisse. Nous avons donc fait du maniement d’armes et défilé toute la matinée. L’après-midi, nous eu, pour finir, revue du général commandant la 7e légion. Nous avons donc fait de l’école de section du déployant en tirailleur pendant 3h30 devant le général. Ces 2 jours d’exercices ininterrompus nous avaient beaucoup fatigués. Hier, nous avons eu travaux de propreté pour la matinée et l’après-midi repos. je me suis reposé toute l’après-midi. Aujourd’hui, je fais office de caporal-peloton aux cuisines. Ce travail n’est pas fatiguant. J’ai pour consigne d’empêcher à ce qu’on prenne les meilleurs morceaux de viande, à maintenir la cuisine très propre et à empêcher tout étranger aux cuisines, l’accès de celle-ci. J’en profite donc pour vous envoyer de mes nouvelles.
Jeanne me fait savoir que vous avez eu la visite de Madame Albert. En effet, cette dame étant venue voir son fils ici, elle a visité un peu le camp, la ville et a pu de vive voix vous donner des détails sur la vie du troupier à Pontarlier. Son fils est un jeune soldat ajourné de la classe 1914, mais pris « bon pour le service » au Conseil de révision de la classe 1915. Nous avons fait nos classes ensemble, suivi le peloton des élèves-caporaux ensemble, et nommé fonctionnaire-caporal à 2 ou 3 jours d’intervalle. Je fais fonction de caporal à la 2e escouade de la 1ère section et lui à la 4e escouade de la 1ère section. Nous couchons donc dans le même bâtiment.
Je suis en bonne santé, comme toujours, et bien reposé. Je n’ai encore rien reçu de Charles. Je lui ai écrit il y a quatre jours.
À bientôt de vos nouvelles qui m’annonceront, j’espère, pour vous une bonne santé. Je vous embrasse affectueusement. Votre neveu et cousin qui vous aime. Camille.