19/12/2015 – Lettre de Charles à Camille

Charles donne de ses nouvelles. Il est toujours incertain de ce qu’il fera après Cherbourg. Pour l’instant, il est revenu chez son oncle. Il est intéressé de savoir si son frère a subi une attaque depuis son départ de Belgique. L’oncle Denis profite de la lettre pour glisser quelques mots consacrés aux besoins vestimentaires de Camille, à l’approche de la mauvaise saison.
Charles, dit Charlot Mon cher Kinkin,
Me voilà revenu de Cherbourg avec une permission de 8 jours. J’espère que ta santé est bonne. Que fait-on, en ce moment, en Belgique ? Il doit commencer à faire froid là-bas. Il n’y a pas eu d’attaque depuis que je suis parti ? As-tu pris les effets que j’ai laissés chez Irza ? Tu n’as qu’à t’en servir et quand tu pourras me renvoyer une chemise, envoie-la. Je ne sais pas encore ce que je vais faire après ma permission. J’espère aller au ministère.
Réponds-moi vite mon cher Kinkin. Envoie la lettre chez notre oncle. Bons baisers, Charles.

Mon cher Camille, j’ai reçu ce matin ta carte du 17. les lettres arrivent vite maintenant. Charles est arrivé ce matin à 6 heures, il reste aujourd’hui avec nous et repartira pour La Rochelle, il y restera quelques jours et reviendra à Paris pour rentrer à Cherbourg le 20. Si tu as froid et si tu as besoin de sous-vêtements, écris-le vite. Je t’ai envoyé hier le colis postal et une longue lettre. Bons baisers danois tous, ton oncle Denis.
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09/09/2015 – Lettre de Charles à Camille

Charles attend toujours sa permission. Il se réjouit que son frère ne soit pas encore parti au front, les souvenirs de tranchées l’hiver précédent ne sont pas si loin.
Charles, dit Charlot Mon cher Kinkin,
Que deviens-tu ? Toujours à Paris, heureux veinard. Reste, va, tu verras toi aussi de durs moments quand tu seras sur le front. Encore, cela marche très bien maintenant : les tranchées sont passables, mais l’hiver dernier, je te jure que l’on a vraiment souffert. Je vais probablement aller bientôt en permission ; quelle joie de vous voir tous ! Après, je m’en retournerai content d’avoir passé quelques jours au milieu de vous. Nous sommes tranquilles dans le secteur pour le moment. Je ne sais si cela va durer. Enfin, pour l’instant, on prend du repos.
Bons baisers et à bientôt. Charles.

06/07/2015 – Lettre de Charles à Camille

Charles est toujours au front. La carte militaire mentionne qu’elle ne doit comporter « aucune indication du lieu d’envoi ni aucun renseignement sur les opérations militaires passées ou futures ». Aussi ignore-t-on dans quelles tranchées il se trouve. En revanche, on sait que des zouaves du 4e régiment s’y trouvent également. Charles espère que son frère le rejoindra, ainsi se verront-ils… enfin.
Charles, dit Charlot Mon cher Camille,
Je viens de recevoir ta carte à l’instant. J’arrive des tranchées et je l’ai trouvée sur ma table. Aussi, quoique fatigué, je veux te répondre à l’instant. Je suis heureux pour toi que tu sois encore un peu, auprès de nos chers parents. Il y a de notre côté des zouaves du 4e Régiment. Si tu pouvais venir ici, nous serions très près l’un de l’autre et nous pourrions nous voir souvent. Ma santé est toujours bonne. J’espère aller pour quelques jours en permission. Cela ne serait pas trop tôt. À bientôt de tes nouvelles et bons baisers. Ton frère. Charles.

01/04/2015 – Lettre de Charles à Camille

Charles a manqué d’être tué lors d’une opération. Il raconte avec force détails les circonstances à Camille non sans ajouter qu’il prend cela gaiement.
Charles, dit CharlotBelgique,
Mon cher Kinkin,

J’espère que tu es toujours en bonne santé. Pour moi, le beau temps me fait beaucoup de bien. J’ai bien manqué d’y rester avant-hier. Figure-toi, nous avons pris trois fermes aux Boches. Donc, avant-hier, on m’envoie avec mon escouade occuper la ferme la plus avancée qui est à 200 mètres des Boches. IL faut se mettre dans l’eau jusqu’aux genoux pendant deux cents mètres. Enfin, nous voilà dans la ferme ; je l’examine, 5 vaches pourries et un cochon qui infectent complètement l’air ; nous allons nous installer dans une petite cave qui sent la patate pourrie et le purin. 48 heures à faire là dedans, ce n’est pas rose ; enfin, on s’installe comme on peut. On voit les Boches de l’autre côté de l’eau se remplacer… Me voilà de faction pour toute la journée dans une meule de paille avec 2 bleus. Je les installe comme il faut et j’en fais autant. Vers neuf heures un « taube » [avion autrichien monoplan en forme d’ailes et queue de pigeon] nous arrive des lignes boches. Il passe au-dessus de la ferme et laisse tomber 3 fusées. Dix minutes après, un obus nous arrive et enlève le restant du pignon de la ferme ; les voilà qui nous arrosent avec du 57… Tout d’un coup, un obus tombe dans notre tas de paille ; la meule est bouleversée et le feu est dedans ; un 2e nous arrive et éclate à un mètre de nous. Il s’agit de déguerpir en vitesse, car le feu prend des proportions inquiétantes. Je fais dégager mes 2 hommes et je ferme la marche. Nous partons en rampant ; les Boches nous aperçoivent et nous sommes arrosés pour une pluie de balles. Je ne sais pas comment nous nous sommes sortis. Enfin, on arrive sain et sauf dans la cave.
Tu vois, mon cher Kinkin, que tout n’est pas rose. Mais, tu sais, nous prenons cela gaiement. J’espère que bientôt le grand coup va se donner et que nous allons les anéantir complètement. Bons baisers. Vite de tes nouvelles. Charles.

26/02/2015 – Lettre de Charles à Camille

Charles réprimande son frère qui ne donne pas signe de vie. Une certaine Denyse se plaint également de ce silence. J’ignore qui elle est…
Charles, dit Charlot Mon cher Camille,
Il y a longtemps que tu m’as écrit. Répare vite ce manque de courage et envoie-moi de tes nouvelles. Il doit faire froid à Pontarlier. Je suis en ce moment en 1ère ligne. Il neige fort ici.
Denyse m’a écrit il y a 2 jours. Elle n’est pas contente que tu ne lui aies pas écrit.
Maxime est parti pour le front. J’espère que ta santé est bonne.
Écris-moi vite pour me dire si tu n’es pas trop mal. Bons baisers. Charles.

06/02/2015 – Lettre de Charles à Camille

Carte Postale d'une chambrée

Carte postale – 3608. Infanterie – Une chambrée

Charles n’est pas prolixe, mais il sait être tendre dans le reproche à peine voilé : il est impatient d’avoir des nouvelles de Camille.
Charles, dit Charlot Mon cher Kinkin,
J’espère que tu es en bonne santé. Pour moi, tout va bien. Je reçois très bien le courrier. Donne-moi de tes nouvelles, car il y a longtemps que tu m’as écrit. Je t’embrasse tendrement. Charles.

13/01/2015 – Lettre de Charles à Camille

Charles a quitté Toulon. Il est désormais au front. Il dit être au repos dans une attente transie. Il s’inquiète de savoir si son frère se fait à la vie militaire.
Charles, dit CharlotMon cher Camille,
Les événements se sont précipités. Je suis maintenant très loin de Toulon. Je suis toujours en bonne santé, quoiqu’il fasse très froid. J’espère que tu te fais assez bien au service militaire. Nous sommes au repos en ce moment ; je ne sais pas pour combien de temps. Écris-moi, mon cher Kinkin. Je serais heureux d’avoir de tes nouvelles !
Je t’embrasse bien fort. Charles.