15/01/1915 – Lettre de Maxime à Camille

Maxime ronge son frein. Il aspire à rejoindre son frère Charlot, dans le Nord, pour en découdre avec les Boches, au lieu d’être cantonné à faire des manœuvres du côté de Chartres.
Chartres,
Mon cher Kinkin,
Merci pour ta photo. T’as pas l’air bleu du tout. Hardie, la Classe 15… et vite, au travail !
J’ai changé de régiment. Me voilà au 102, tout près de Paris. Il est vrai que je n’ai pas encore profité, mais demain pourtant, je serai en permission.
On travaille ici énormément. Je reviens d’une marche d’un avant-poste. Tu ne peux te figurer comme c’est fatigant d’être chef de petit poste la nuit, dans les bois. Ah ! J’apprends à me débrouiller.
Mon départ prochain ou lointain ! Je n’en sais rien. On traîne, voilà tout. Je m’ennuie ici, et puis au cantonnement je ne suis pas fameusement logé.
Mon seul désir est d’aller rejoindre Charlot, là-bas, dans le Nord.
À bientôt, un mot de toi, frérot, et accolade la meilleure. Maxime.
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27/12/1914 – Lettre de Maxime à Camille

J’ai retrouvé cette lettre de Maxime qui s’était glissée dans une autre. Quelle dommage de l’avoir manquée, elle était remarquable : un grand frère qui conseille son cadet dans l’attitude qu’il doit avoir, dans l’exemple qu’il doit montrer. Je ne peux pas la laisser sous silence… même si elle intervient en retardataire, elle a le mérite de nous faire revivre Maxime le temps d’une lettre chaleureuse et bienveillante.
Laval,
Mon brave Kinkin, bleu troubade (fantassin en argot) aux vêtements mal fichus, comment se sont passées tes premières heures à la caserne ? Te fais-tu déjà à ta nouvelle vie ? Es-tu plein d’ardeur ? Vois-tu auprès de toi quelques braves cœurs de qui tu deviendras vite l’ami ? Ouvre tout grands tes yeux, regarde, écoute aussi. Et tu seras bientôt distingué par tes chefs. Entraîne tes copains trop mous et fais-leur croire que la France aura à coup sûr besoin d’eux dans deux mois. Sois élève-cabo, c’est un premier pas, marche vaillamment. Que la discipline ne t’effraie pas, on s’y fait vite. Veille à ta santé, à tes pieds, à ta poitrine. Ainsi, tu deviendras en peu de temps un de nos meilleurs soldats.
Pour moi, j’avance, aspirant maintenant ; salue et en arrondissant proprement le coude ! Je commande une section de 60 poilus, la 4e justement et à la 27e Compagnie de dépôt (coïncidence !) du 124e (l’analogie s’arrête là !). J’ai un bel uniforme de s/lieutenant. Je vais faire mon possible pour aller faire bientôt un tour à Paris d’abord (une fois encore), et puis dans les tranchées. Accolade de guerrier. Maxime.

24/07/1914 – Lettre de Maxime à Camille

Maxime Zaleski est tout à sa joie d’être licencié en droit. Il termine enfin ses études et souhaite prendre des vacances méritées, avant de partir au service militaire (il sera incorporé le 11 août 1914). Pour lors, la guerre n’est pas encore déclarée, elle gronde et menace « seulement ». Maxime s’inquiète plutôt de la santé de son frère Camille, qui est éloigné des siens étant élève à l’Institut National agronomique de Grand-Jouan, à Nozay (Loire-Atlantique).
Paris,
Mon cher Kinkin,
D’abord, je te demande de tes nouvelles. Cette blessure au genou m’inquiète ; il ne faut pas blaguer avec ça, la rotule vous joue souvent de méchants tours. Aussi veille bien. Use surtout d’iode, et carrément. Et puis voyons, tu n’es pas en pays perdu, il y a bien un médecin ou un rebouteur quelque part dans les environs, qui pourrait se déranger pour 5 francs. Ne risque rien ; et ne te fie pas à un simple pharmacien de village. Il n’y a donc pas de médecin attaché à l’établissement ?
Donc donne-nous de tes nouvelles. Et maintenant en voici de nous. Je viens d’être reçu licencié en droit. C’est fini. J’en ai fini avec l’université, et sans accroc. C’est bien et c’est pas trop tôt. Tout le monde ici est dans la joie et moi plus que tout autre, quoique mon crâne soit en compote. Nous partons mardi pour le Jura suisse. On écrira de là-bas. Courage et bons baisers.
Maxime.