À propos des Zaleski

Nos deux braves « Morts pour la France », Maxime et Camille Zaleski, sont issus d’une vieille famille polonaise aristocratique dont des membres ont dû s’exiler, deux ans après le soulèvement du 29 novembre 1830 pour l’indépendance de leur pays.

L’histoire familiale en Pologne

Bohdan Zaleski en 1873

Le poète fera inscrire sur sa tombe : Mon Dieu ! Mon Dieu ! Je te le demande avec larmes Quand je mourrai, donne-moi une Ukraine dans le ciel

Commençons par le grand-père de nos deux héros. Josef Bohdan Zaleski est né le 14 février 1802, dans le village de Bohaterka (province de Kiev). Il est le plus jeune des treize enfants, issu d’une branche désargentée. Il est élevé par sa tante près de Kaniev, en Ukraine, sa mère étant décédée six mois après sa naissance. Il passe son enfance dans les steppes, puis est envoyé à dix ans par son frère Eliasz au collège des Basiliens à Human. Après l’université, il devient répétiteur et suit les familles qui l’emploie dans leur voyage.

En 1830, en France, c’est la révolte des Trois glorieuses (27, 28 et 29 juillet). La rumeur court en Pologne que le Tsar a l’intention d’envoyer des troupes en renfort pour aider Charles X à réprimer le soulèvement des Parisiens. Les Polonais s’y refusent, l’amitié entre les deux peuples est trop forte, la colère gronde, l’exemple inspire.

Les étudiants, les militaires et la bourgeoisie de Varsovie s’élèvent et combattent l’occupation russe pour reconstituer la grande Pologne qui avait été partagée entre la Prusse, la Russie et l’Autriche après la chute de Napoléon 1er. Dès les premières heures, Bohdan Zaleski s’enrôle dans le 1er régiment des chasseurs à pied. Il est aide de camp du général Szembek et combat lors des batailles de Dobre, Sochaczew et Grochów. Les insurgés réussissent à mettre en fuite le grand-duc Constantin, frère du Tsar. L’indépendance est déclarée à la Diète (Assemblée nationale). Bohdan Zaleski se voit remettre la Croix de Virtuti Militari (Vertu militaire). En juin 1831, il est élu député pour la circonscription de Taraszczyn (district de Kiev). Dans le même temps, il est rédacteur en chef de Nowa Polska (Nouvelle Pologne).

Mais l’armée du Tsar regagne du terrain. Les Polonais, épuisés, appellent à l’aide la France qui n’entend ni ne bouge. Lorsque l’insurrection finit par être mâtée (octobre 1831), des milliers de familles s’exilent dans toute l’Europe et notamment en France. D’autres sont emprisonnés en Sibérie. La répression est violente, l’autonomie restreinte et le joug plus fort.

En 1832, Bohdan Zaleski s’enfuit à Paris, comme le feront aussi d’autres poètes comme Adam Mickiewicz ou des musiciens comme Frédéric Chopin. Puis il part avec son cousin et ami Joseph Zaleski à Robertsau (quartier de Strasbourg) et à Molsheim (Bas-Rhin), puis à Endaume (quartier de Marseille) en 1837 où ils vivent retirés du monde. Ils séjournent ensuite à Rome. En 1840, le poète rend visite à Adam Mickiewiecz qui habite Lausanne. Puis s’installe à Fontainebleau. En 1842, les deux cousins font un pèlerinage en terre Sainte. En 1844, il recommande Sofia Rosengardt (la femme qui deviendra son épouse en 1848) auprès de Frédéric Chopin, si je m’en réfère à sa lettre, pour le prier de lui dispenser ses leçons comme l’année précédente.

Homme de lettres, Bohdan Zaleski est reconnu comme le principal représentant de l’École ukrainienne du romantisme polonais. Il écrit nombre de poésies dont trois ont été mises en musique par son ami Chopin. Il laisse également en héritage sa plus grande œuvre qui est un poème biblique intitulé La Très Sainte Famille. Il est connu pour avoir chanté en rimes très imagées et symboliques l’Ukraine et ses grandes steppes. Il dit qu’il « s’assimile les chants populaires de sa patrie, percevant leurs sons mystérieux dans le froissement d’ailes des papillons de la steppe, et dans le cliquetis des sabres cosaques ». On lui a attribué aussi le nom de « Rossignol des Pays slaves ».

Sources :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55701860.image.r=OKINCZYC.f33.hl#
http://literat.ug.edu.pl/~literat/autors/zales.htm
https://archive.org/stream/bohdanzaleskidou00tretuoft/bohdanzaleskidou00tretuoft_djvu.txt

L’histoire familiale en France

N°23. Collection "Grandes et célèbres personnes polonaises"

N°23. Collection « Grandes et célèbres personnalités polonaises »

Bohdan Zaleski s’installe à Fontainebleau, rue de France, où il construit son « nid de pélican », comme le rapporte le Bulletin polonais littéraire, scientifique et artistique, dans son numéro 227. Il y élève ces cinq enfants (consultez sa généalogie), quatre fils et une fille. L’aîné Joseph Marian Dieudonné (1848-1907), dit Marius, père de nos héros morts pour la France. Puis, Joséphine Anna Denise Césarine (1849-1873), Denis Louis Étienne Dieudonné (1851-1938), Charles (1853-1928) et Dieudonné Casimir André Laurent (1854-1859).

Joseph Marian Dieudonné Zaleski, dit Marius

Marius, né le 25 mars 1848, à Paris-Batignolles, fait l’école préparatoire de l’École des Mines à Paris, puis à Mons en Belgique. C’est là, sans doute, qu’il rencontre sa future femme Maria Wallef, puisqu’elle est originaire de cette ville. En 1870, Marius a 22 ans. Il prend part au siège de Paris dans les rangs de la garde nationale mobilisée. Il rentre ensuite au service des chemins de fer P. L. M., Orléans et de l’État, comme mécanicien. Il est affecté à Saintes, en Charente-Inférieure. Là, il a un fils hors mariage en 1881, qu’il appelle Marius. La mère, Maria Farez, décède en 1882. Il se marie à Paris le 6 février 1883 avec Maria Wallef. Pour son travail, il déménage souvent : Tours, Loudun, Saintes, Parthenay, Saintes, Nantes, Les Sables-d’Olonne. Il entraîne avec lui sa famille qui s’agrandit tous les deux ans. Viendront Émilia, Maurice, Jeanne, Charles (décédé à 4 ans), Maxime, Charles et Camille. Ils pourraient couler des jours heureux, mais le destin s’en mêle. Maria Wallef meurt à 39 ans, à l’hôpital de Nantes, en 1901. À 17 ans, Émilia prend la relève et se charge de ses frères et de sa sœur en l’absence du père. Le 14 mai 1907, ce dernier décède aux Sables-d’Olonne. En 26 ans de carrière, il était devenu chef de réserve principal. Il est inhumé à Saintes le 17 mai 1907, où son ami Léopold Galesowski lui rend un émouvant hommage au nom de tous.

Source :  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55872379/f32.image

Denis Louis Étienne Dieudonné Zaleski

Le 18 mai 1907, au cours d’un conseil de famille qui se tient aux Sables-d’Olonne, Denis Zaleski, le frère de Marius, (Chef de bureau honoraire à la préfecture de la Seine) est déclaré tuteur des cinq enfants non majeurs. Son foyer est composé de sa femme Marie et de Bohdane, la fille de sa sœur Joséphine qu’il a également recueillie. Ils vivent à Paris, au 129, Boulevard St-Michel, dans le 5e arrondissement.

Un lien très fort unit cette famille, par les sentiments et par les écrits. Denis a collecté pendant des années la correspondance qu’entrenait son père avec différentes personnalités et l’a publiée dans un ouvrage de cinq tomes. De son côté, Bohdane, la nièce que celui-ci a recueillie, a également publié la correspondance entre Denis et son père. Émilia, la petite-fille de Bohdan et la fille de Marius, a conservé pieusement les échanges de lettres croisées entre la fratrie jusqu’au décès de ses deux frères, Maxime et Camille.
À mon tour, je poursuis la tradition de l’écrit épistolaire en dévoilant les lettres de la famille Zaleski, à une époque charnière de son histoire, qui étaient vouées à la destruction.

Place maintenant aux destins contrariés des frères Zaleski.

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