Lettre du poète à ses enfants

Bohdan Zaleski, traduit du polonais.

À mes enfants,

Je ne reverrai plus la Pologne, mes enfants, accablé par les chagrins et les regrets du pays natal. Autrefois, je portais la harpe et l’épée, et maintenant je ne suis plus qu’un vieillard sans force.

Vous pleurez et vous souffrez en m’écoutant, mais je n’ai besoin de rien, je ne désire plus de nouveaux succès, je soupire après une autre patrie : le Ciel.

Pourquoi murmurer contre mon sort d’exilé ? Où sont mes contemporains illustres, bien meilleurs que moi, mes compagnons de luttes et de chants ?

Je ne reverrai plus la Pologne, mes enfants. Mon tombeau comme ma vie sera celui de l’exilé. Mais un jour, pour vous descendra peut-être un ange aux ailes blanches qui changera la face des choses.

Aujourd’hui, la France vous est chère et agréable parce qu’à vos pères elle a tendu une main généreuse, parce qu’elle vous a adoptés comme ses propres enfants, parce que par la foi et par la gloire elle est la sœur de la Pologne.

La forêt de Fontainebleau a pour vous bien des charmes, les rives de la Seine vous attirent, mais en Pologne n’y a-t-il pas de belles rivières ? Tout là-bas n’y est-il pas aussi beau ? Vous y verrez des fleurs et des oiseaux comme nulle part ailleurs.

Que Dieu vous ouvre seulement les portes de la patrie, vos cœurs s’exileront comme dans un printemps, semblables à des oiseaux joyeux et amoureux vous vous élancerez dans les espaces de la vie !

La Pologne vous recevra à bras ouverts, la Pologne c’est une seconde France, ce n’est pas une marâtre ! C’est notre mère et votre propre mère, avec vous elle aimera la France.

Ce que vous avez de Polonais en vous, dans le cœur et dans le langage, l’attendrira jusques aux larmes et vous attirera vers elle. Ce sont des poètes qui vous ont appris le langage de vos pères, des Saints ont mêlé leurs prières aux vôtres !

La Pologne, dans son histoire posthume recueille les faits de ses martyrs, vous lui conterez les souffrances de l’exil, les douleurs des héros qui sont morts pour elle.

Aimez donc la Pologne d’un amour profond et sublime, donnez-lui votre cœur et même sans l’espoir de la résurrection, aimez-la plus que la gloire et tous les biens de la terre.

Vous chanterez : « La Pologne n’est pas encore morte ! » Mais montrez-vous polonais par vos actes. Au cri de Jésus, Marie, en avant ! Élancez-vous dans le feu des grandes batailles, et la Pologne ne périra pas.

La Pologne se relèvera dans toute sa splendeur, des bords de la Vistule aux bords du Dnieper, du Niémen et de la Dwina ; des rives de la mer des Varègues jusqu’aux monts Carpates, depuis la grande Pologne jusqu’au fond de l’Ukraine.

J’entrevois des pays féconds et fertiles : merci, Seigneur, du fond du cœur d’avoir permis à nous, vieillards, d’entrevoir la Sainte Patrie dans un avenir lointain du haut des monts d’Abaryn.

Que mon corps repose après de Casimir, là-bas à l’ombre des grands arbres, mais aux jours des fêtes nationales, je viendrai comme un esprit, la harpe sur l’épaule, mêler mes chants à ceux de la Foi et de la Liberté.

Je ne reverrai plus la Pologne, mes enfants, vieilli sur la terre étrangère où j’ai tant souffert, je me rappelle aujourd’hui les chants d’autrefois, tous les combats que j’ai soutenus !

 

 

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