22/06/1915 – Lettre d’Émilia à Camille

Émilia avoue à Camille lui avoir menti sur la mort de Maxime, elle ne souhaitait qu’il parte au front avec cette terrible nouvelle. Elle ne sait pas encore qu’il n’est plus à Pontarlier et qu’il va partir au feu.
Emilia, fille de Marian ZaleskiLa Rochelle,
Mon cher Camille,
Je t’avais caché la triste nouvelle de la mort de notre cher Maxime, car je ne voulais pas, croyant que tu devais partir au front incessamment, que tu partes avec cette grande douleur. J’aurais bien voulu aller te voir lors de ton voyage à Paris, mais il ne m’était pas possible d’y aller. Jeanne m’a donné par la suite de tes nouvelles de vive voix.
Je désire que tu restes le plus longtemps possible à Pontarlier. Nous avons bien assez de douleurs et de tracas ainsi.
J’ai reçu ce matin une carte de Charles datée du 16 (juin). Le pauvre enfant aura vu de la misère. Que le Bon Dieu nous le garde !
Les petits enfants sont complètement rétablis. André est à Aumagne depuis une quinzaine de jours. Il a engraissé. Je suis allée le voir jeudi dernier. Jeanne est venue me rejoindre à Aumagne et nous avons causé de vous tous. La pauvre petite n’a pas bonne mine. Il est vrai qu’elle se fait du chagrin toute seule.
Je t’embrasse bien fort. Petit Kéké se joint à moi ainsi qu’Émile. Ta sœur Émilia.
Écris-moi bientôt.
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28/02/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne ne reçoit plus de lettre de son petit frère chéri. Elle l’assène de questions, et l’informe des nouvelles de leurs frères. Charlot dans les tranchées, Maxime qui s’en approche et Marius qui vient d’être réformé.
Jeanne Matha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
Que veut dire ce long silence ? Si je n’avais pas eu de tes nouvelles par Émilia, je serais très inquiète. Trouve un petit moment pour me faire savoir ce que tu deviens, que te fait-on faire au régiment ? Tonton m’a dit que tu suis le peloton des élèves-caporaux. Penses-tu être reçu ? Dans ce cas, dans combien de temps aurais-tu tes galons ? Ta santé est-elle toujours bonne ? Tu a eu à souffrir du froid, mon pauvre frère chéri. J’ai bien pensé à toi. As-tu quelquefois des nouvelles de Charlot ? Il m’envoie souvent des cartes. C’est dur dans les tranchées, mais le courage ne lui manque pas.
Maxime approche du front. Marius est réformé… Tu es toujours sérieux, je suis sûre. J’ai confiance en toi. Manques-tu de quelque chose ? J’ai vu dernièrement Émilia et les deux petits à Aumagne. Ils sont tous bien portants. Ma santé est bonne aussi.
Je vois avec peine les mois s’écouler sans que la guerre se termine, il faudra sans doute te voir parti aussi… Malgré cela, vivons dans l’espérance. Écris-moi vite. Je t’embrasse affectueusement. Jeannette.

21/01/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne écrit depuis le pensionnat de Matha où elle est institutrice. Elle donne à Camille des nouvelles de la famille. Elle est très inquiète pour la santé de ses frères. Elle propose à Camille de lui tricoter une écharpe. Enfin, elle livre ses espoirs de la fin de la guerre, cependant sans plus y croire.
JeanneMatha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
J’ai reçu toutes tes cartes et t’en remercie, mon petit frère. Un mot de temps en temps me rassure sur ton sort ; lorsque tu auras un peu de temps, écris-moi plus longuement. Il me tarde de connaître davantage ta nouvelle vie. T’y habitues-tu ? J’espère bien que cette affreuse guerre sera terminée avant le départ de ta classe au front, et cependant, cela va si lentement qu’on ne sait que penser. Je suis heureuse de te savoir en bonne santé. Es-tu bien nourri, bien vêtu ? Il doit faire plus froid dans ces contrées. Tâche de ne pas prendre mal. As-tu besoin d’un cache-nez ? Dis-le-moi vite, je t’en ferai un.
Toute la famille se porte bien. Dédé qui était venu passer une quinzaine à Aumagne est reparti. Ces jours-ci, j’ai pu aller le voir deux fois, il est toujours un amour.
Charles est parti vers le front. Il n’y est pas encore, mais il ne va pas tarder. J’ai eu dernièrement des nouvelles. Il faut toujours lui écrire à Paris, au Grand-Palais. Il me tourmente bien ce pauvre petit frère : pour le moment, sa santé est bonne.
Maxime ne m’a pas écrit depuis quelque temps.
Mes pensées sont sans cesse près de vous trois. Je prie pour vous.
Je t’embrasse bien affectueusement, mon frère chéri. Ta petite sœur Jeannette.

03/01/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne donne des nouvelles de la famille. Elle exprime sa fierté d’avoir des frères courageux qui n’hésitent pas à exposer leur vie pour défendre la patrie en danger. Mais elle les plaint aussi en imaginant les souffrances qu’ils peuvent endurer. Elle s’inquiète pour leur frère Charlot dont la constitution semble être fragile. Enfin elle ne cache pas sa joie d’avoir reçu une photographie de Camille et de Maxime en soldat, elle les trouve magnifiques en « défenseurs de la patrie ». Seules des photos de Camille me sont parvenues.
JeanneMon petit frère chéri,
En arrivant à Matha, hier soir, j’ai trouvé ta carte et tu ne peux imaginer ma joie et mon émotion en te reconnaissant, mon petit Camille, sous le costume de défenseur de la patrie. Tu es fort gentil en soldat. La photographie est très bien faite, quelle fière et bonne mine tu as. Mon grand regret c’est que tu sois parti si loin, il ne sera pas facile de te voir. J’ai été passer quelques jours à La Rochelle, c’est ce qui fait que je ne t’ai écrit plus tôt, tu sais que ce n’est guère facile avec nos petits lutins de neveux. J’ai trouvé tout le monde en très bonne santé, et petit Riquet bien changé et mignon au possible. J’ai emmené Dédé à Aumagne chez ses grands-parents où il va passer une quinzaine. Je l’ai quitté à regret le cher petit, je l’aime tant ! Je tâcherai d’aller le voir une ou deux fois pendant son séjour à Aumagne, quoiqu’il me soit bien difficile de m’absenter.Camille, dit Kinkin - Campagne de Belgique - 1914 - Le soldat qui tient son casque
J’ai reçu hier une carte de Charlot qui vient d’arriver à Paris avant de partir au front sans doute. Je suis tourmentée à son sujet. Mon oncle m’écrit ce matin et me dit avoir trouvé Charles maigri et fatigué. Pourvu qu’il ne soit pas malade ! Il a, paraît-il, fait des démarches à Toulon pour partir. Il veut absolument aller au feu, me dit mon oncle, il est plein d’ardeur. Je suis fière d’avoir des frères si vaillants et courageux, mais quel chagrin j’éprouve de penser aux souffrances que vous pourrez endurer. Charles est loin d’être fort. Pourra-t-il résister aux fatigues et aux privations de toutes sortes ? Tout cela est affreux à penser. Quand donc finira cette maudite guerre ! Maxime a pu aller passer le jour du 1er janvier à Paris, de sorte qu’ils ont eu la joie d’être réunis avec Charlot. Et toi, mon frère chéri, tu as dû être bien seul. J’ai beaucoup pensé à toi ce jour-là si éloigné de nous, et j’ai formé pour toi des vœux bien affectueux. Que la tâche ne te paraisse pas trop rude ; du reste, pense que c’est pour la patrie. Cela l’adoucira. Et puis, je désire que tu trouves de bons camarades gentils et sérieux qui t’aideront à supporter l’éloignement de la famille. J’ai pensé que tu dois être peut-être en bon rapport déjà avec les quelques jeunes gens qui sont avoir sur la photographie. Ils ont tous l’air bien gentils. Dis-moi ce qu’a été ta vie en arrivant au régiment. Tu ne peux t’imaginer quel chagrin j’ai eu de te voir partir ainsi tout seul. Commences-tu à t’habituer à ta nouvelle existence, es-tu bien nourri, bien couché ? Es-tu assez couvert ? As-tu ce qu’il te faut ? Réponds-moi vite sur tout ceci et surtout, dis-moi si ta santé est bonne. Le mal de gorge dont tu souffrais était-il complètement guéri à ton départ de La Rochelle ? Pour moi, ma santé est bonne pour le moment. Je vais reprendre ma classe demain. Je t’écrirai le plus souvent possible. Donne-moi aussi de tes nouvelles.
J’ai reçu ce matin la photographie de Maxime en officier. Il est magnifique et se porte on ne peut mieux, paraît-il. Lui aussi va partir sous peu. Que Dieu vous protège tous et nous réunisse bientôt avec la fin de la guerre, le triomphe de la France et la résurrection de notre chère Pologne. Vite des nouvelles. Je t’envoie avec mes vœux mille affectueux baisers. Ta petite sœur Jeannette.