24/12/1915 – Lettre de Bodhane à Camille

La lettre de Bohdane est tendre et attentionnée. C’est le jour du réveillon de Noël, et son cœur saigne : Camille le passera cette année encore loin des siens alors que Maxime n’est plus.
Mon cher Camille,
J’étais occupée hier quand notre cher oncle arrivait. Aussi, je t’envoie aujourd’hui mon affectueux souvenir en ce jour de Noël, si triste pour nous cette année. Espérons que le Noël 1916 nous réunira tous, mais le vide immense qu’ont laissé pour nous tous notre chère Tante et notre Maxime chéri sera éternel et dans ces jours de fête, notre cœur saignera toujours. Nous te savons aux tranchées, mon petit Camille. Notre pensée t’y suivra. J’espère que tu vas bientôt recevoir le colis envoyé le 18. Je t’enverrai bientôt une boîte d’alcool solidifié. Lis-tu les livres que nous t’avions envoyés ? Les trouves-tu intéressants ? Charles est revenu chez nous ce matin, de retour de La Rochelle. Il repart mercredi pour Cherbourg. Écris-nous souvent, car nous nous inquiétons quand nous ne recevons pas souvent de tes nouvelles. Mon bras va mieux, c’est du rhumatisme. Nous t’embrassons bien tendrement. Courage et espoir ! Ta cousine Bohdane. Bonjour à Bador.
Publicités

09/12/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis raconte le retour de Charles à la maison, où se trouve déjà Jean en convalescence. On apprend que si Charles est revenu à Paris, c’est parce que son régiment des fusillés marins a été licencié. Il attend donc sa nouvelle affectation.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
J’ai reçu tes cartes, je suis heureux de savoir que tu te portes bien, malgré le mauvais temps et l’affreuse humidité qui ne cessent de régner.
Nous pensons bien souvent à toi et à ton isolement depuis de départ de ton frère. Charles est arrivé ici avant-hier, nous l’avons vu mardi soir à 5 h 1/2 et il a passé sa journée d’hier avec nous. Nous l’avons emmené chez les Muyeaud-Lozin (?) et les Mickiewicz. Il était très fatigué de son voyage, il ne sait pas combien de temps il va rester à Paris et ce qu’il va devenir après le licenciement du régiment. Nous espérons le voir aujourd’hui, mais il n’est pas encore venu, bien qu’il soit 3 heures. Ton oncle Charles est venu hier, il a été content de voir Charles et de recevoir ta lettre. il te répondra ces jours-ci. Jean va mieux, il est en ce moment chez nous, il me charge de te transmettre toutes ses amitiés. Badoun est-il rentré ? T’a-t-il remis notre paquet ? Bodhane t’envoie ma boîte d’alcool solidifié dès que tu nous l’écriras. Bonjour à Bador, je t’embrasse bien tendrement.

Mon cher Camille, mon bras va un peu mieux. Nous pensons à toi et parlons beaucoup de toi avec Charles qui commence un peu à se remettre de ses fatigues du voyage. Écris-nous souvent, mon petit Camille. Heureusement que tu as près de toi ton bon ami René. Je vais t’envoyer de l’alcool solidifié. Bons et affectueux baisers de ta cousine. Bohdane.

15/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille repart le lendemain dans les tranchées. Il a reçu un colis de journaux, dont Le Matin… Il préférerait Le Temps ou Le Pèlerin, car Le Matin arrive jusqu’au front et est disponible à la vente. Il souhaite que son oncle lui mentionne les bons articles à lire. Il entame une correspondance avec le fils des amis de son oncle, Jean Birmann. Maxime en a beaucoup parlé dans son journal intime. Recevoir du courrier, de belles lettres, joliment tournées, doit être primordial pour ces hommes qui risquent leur vie tous les jours et se sentent si seuls dans cette furieuse tempête qui s’éternise.
Portrait de Camille Le front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je reçois vos charmantes lettres à l’instant. Je vous remercie de songer à moi ainsi. Inversement, je ne vous oublie jamais et ne patiente que dans l’espoir de vous retrouver le plus tôt possible. Je vous remercie pour le colis de journaux que vous m’avez envoyé. Cependant, il est inutile de m’envoyer Le Matin et le journal ici, car on peut se les procurer chaque jour moyennant 0,10 franc. Nous alternons René et moi pour l’achat de l’un d’eux. Ce qui m’intéresse le plus c’est Le Temps et Le Pèlerin. De même que si vous trouviez certains articles intéressants dans des livraisons quelconques, vous seriez bien aimable de mes les envoyer en soulignant ces bons articles.
Je n’ai pas vu Charles pendant ces deux jours de repos ; cependant, en allant porter mon linge chez Irsa (?), j’en ai eu des nouvelles par elle ; il est en bonne santé ; elle l’a vu hier soir, le 14 octobre. Ma santé est excellente, j’espère qu’il en est de même pour vous. Je monte aux tranchées demain soir. Je place dans cette carte-lettre une pensée cueillie sur les dunes de Belgique à quelques kilomètres des Boches. Bons baisers, mon cher oncle et ma chère cousine.
Vivement la paix qui finira mon exil !
J’ai écrit à Jean Birmann, hier, une lettre très cordiale. J’espère qu’il ne tardera pas à me répondre. Je suis, en effet, certain que son amitié est précieuse et agréable puisque Maxime se l’était approprié presque entière. Il écrit si gentiment, si bien. Bien à vous. Camille.

11/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Pour Camille, c’est le baptême du feu… Son oncle le presse de lui dire ses impressions. Il se veut rassurant : « Il faudrait de la malchance pour que suis sois touché ».
Portrait de CamilleLe front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Tout d’abord mon cher oncle, je vous souhaite une bonne et heureuse fête et espère pouvoir vous le souhaiter ainsi pendant de longues années. Vous excuserez, je vous prie, mon léger retard, mais je reviens cette nuit même des tranchées de 1ère ligne, où je viens d’y tirer 4 jours.
Je viens de recevoir votre carte-lettre. Vous dire mes impressions… Elles sont nombreuses et diverses. Je ne puis vous les mentionner maintenant, ce serait trop long. Tout ce que je puis vous assurer, c’est que j’ai eu quelques frayeurs, surtout les deux premiers jours. Enfin, on s’y fait. Les obus ne vous font presque rien, à plus forte raison les balles. Enfin, je suis prévenu, par ce peu de pratique au combat, contre toute imprudence ou ignorance au danger ; il faudrait de la malchance pour que je sois touché.
J’espère que vous êtes tous deux en bonne santé. La mienne est excellente, ainsi que celle de René (Bador) qui est toujours à mes côtés. Il me charge de le rappeler à votre bon souvenir.
Vous aussi, chers parents vous me manquez beaucoup, non seulement à 18 heures, mais à toute heure du jour. J’ai vu Charles jeudi dernier. Je dois le voir demain.
Recevez mes chez parents les meilleurs baisers de votre Camille.

07/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Dans les tranchées, coups de canon le jour, fusées la nuit. Camille dit s’y habituer. Vraiment ? Il s’extasie sur la mer, les vagues qui viennent mourir à ses pieds… Soulagement peut-être ou satisfaction : il combattra aux côtés de son meilleur ami Bador. 4 jours en 1ère ligne, 4 jours de repos. Et ainsi de suite jusqu’à une éventuelle permission. Ce n’est pas encore pour Camille, contrairement à Charles qui vient le voir en vélo. Il attend sa permission depuis des mois.
Portrait de Camille Du front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je suis définitivement classé à la 7e escouade avec René Bador. Nous couchons à côté l’un de l’autre. Nous sommes au repos jusqu’à demain soir, ensuite dans les tranchées de 1ère ligne pendant 4 jours, car nous faisons 4 jours de 1ère ligne, 2e ou 3e ligne, puis 4 jours de repos.
J’espère voir Charles cet après-midi.
Albert est au même bataillon que moi à la 43e Compagnie. Je le vois chaque jour.
Je vous remercie pour toutes les bontés que vous avez eues pour moi. Je vous en garderai une reconnaissance durant toute ma vie.
Les premiers instants m’ont paru drôles : le canon dans la journée et les fusées la nuit. Mais maintenant, j’y suis totalement habitué. Nous sommes tout au bord de la mer. La journée est superbe, les vagues viennent mourir presque à nos pieds. La nourriture est bonne, vin tous les jours.
Bons baisers chers parents, votre neveu qui vous aime. Camille.
Bonjour à Rose.
Mon bon souvenir à Mademoiselle Blanche.

06/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille connaît enfin son affectation : en Belgique. Au front, il retrouve Rodzinski et René Bador, son meilleur ami, qui tombera sous la mitraille le 24 décembre 1916.
Portrait de Camille Du front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je suis affecté à la 44e Compagnie, 11e Bataillon. Je suis à la même compagnie que Rodzinski et à la même section que Bador. Rodzinski est cité à l’ordre de l’armée et par le fait même est possesseur de la Croix de guerre. Je vous écris à côté de mon René (Bador) qui écrit lui-même à ses parents.
Rodzinski a vu Charles hier et lui a parlé. Il se trouve cantonné à 5 km de moi. Charles doit venir voir Rodzinski demain après-midi en bicyclette. Jugez de sa surprise lorsqu’il m’apercevra.
Nous avons eu 36 heures de voyage. Je ne suis pas trop fatigué. J’espère que vous êtes toujours en bonne santé. Je vous remercie de toutes les bontés que vous avez eues pour moi. Je vous écrirai plus longuement bientôt.
Bons baisers. Camille.