21/06/1915 – Lettre de Camille à Denis

Le moment est venu. Un contre-ordre et même les instructeurs doivent partir au front… avant le 1er juillet. Bientôt Camille arborera le magnifique uniforme bleu horizon qui se voit si bien depuis les lignes ennemies. En fin de lettre, il souhaite bon courage à son oncle. Il s’escrime à rassurer les siens, mais qu’en est-il de lui ? S’est-il gardé un peu de courage pour affronter la peur et le carnage ?
Portrait de CamilleLons-le-Saunier,
Mon cher oncle,
Je suis maintenant à Lons-le-Saunier. Un contre-ordre étant venu du ministère de la Guerre, tous les instructeurs de la classe 1916, appartenant aux classes 1914 et 1915, doivent être au front pour le 1er juillet, tant soldats de 1ère classe que caporaux et aspirants. Nous allons être habillés demain matin, tout à neuf avec la nouvelle tenue bleu horizon.
Je suis toujours au 44e, à la 31e Compagnie, du moins pour aujourd’hui, mais vos lettres me parviendront toujours. Je vous enverrai souvent de mes nouvelles, ne craignez rien.
Je vous embrasse tendrement ainsi que ma cousine, votre neveu qui vous aime. Camille. Je suis en bonne santé. Courage.

28/05/1915 – Lettre de Camille à Denis

Depuis la mort de Maxime « un cœur loyal et bon », Camille a changé son attitude. De léger il est devenu grave, constant, un homme prêt à tenir ses engagements et ses promesses. Il fera son devoir avec prudence. Il raille sur son zèle à devenir un bon élève-caporal pour partir au front, qui lui aura valu de retarder son départ pour instruire la classe 1916.
Portrait de Camille Pontarlier
Chers parents,
Je reste à Pontarlier pour l’instruction de la classe 1916. Des départs ont lieu demain et mardi prochain, emmenant le reste de l’effectif de la classe 1915 du 44e. La classe 1916 arrivera à Pontarlier lundi 1er juin, alors notre travail d’instructeur commencera plus actif que jamais. Il restera à Pontarlier les 10 premiers élèves-caporaux de chaque compagnie. Vous voyez qu’au contraire, mon zèle aura pour effet de me soustraire pendant quelque temps encore des balles boches.
Les très courts instants passés auprès de vous, quoique bien tristes, m’ont causé beaucoup de bonheur et fait beaucoup de bien.
J’ai vu par moi-même combien votre affection était grande pour nous, quel mal vous vous donniez pour nous procurer un peu de bonheur. Soyez assuré de ma reconnaissance et de mon affection pour la vie.
Le principe de Maxime était bon, certes, et la vie n’est en somme qu’une suite de douleurs et de joies, la grande part est pour les douleurs. Toutefois, si l’on doit être indifférent de quitter celle-ci, pour elle-même, en raison de ce qu’elle vaut, on doit cependant s’y rattacher pour ceux qu’on aime et qui vous aiment pour ses parents, pour sa famille. Belle est l’odyssée de Maxime qui laissera parmi nous une tristesse éternelle, un vide qui ne se comblera jamais. Il a mis la patrie au 1er rang de ses affections, il a tout sacrifié pour elle, telle était son idée, il a cru bien faire, que Dieu ait son âme. C’était une âme grande et courageuse, un cœur loyal et bon.
Pour ce qu’il s’agit de moi, je vous ai promis d’être prudent et je ne reviens plus sur mes promesses. Je referai donc mon devoir, mais mon élan s’arrêtera là.
Courage, chers parents, espérons que Charles continuera d’être protégé des balles boches.
Dites à mon oncle Charles que j’ai beaucoup regretté de ne pas le voir et embrassez-le pour moi.
Je n’oublie pas, Cousine la promesse que je vous ai faite sur le quai de la gare et je ne manque pas de dire mon Ave Maria avant de me coucher.
J’espère que votre continuera à s’améliorer. La mienne est bonne toujours à part un eu de fatigue.
Recevez mes chers parents, les meilleurs baisers de votre Camille.

16/09/1914 – Lettre de Denis Zaleski au préfet

Après Maxime, c’est au tour de Camille (classe 1915) de se faire incorporer. Denis Zaleski, le tuteur des enfants de son frère, demande le rapprochement des frères dans une lettre au préfet, comme la loi le propose. La requête ne sera pas entendue, puisque Camille sera envoyé à la caserne de Lons-le-Saunier, puis Pontarlier, où il fera son instruction militaire.
Portrait de DenisMonsieur le Préfet,
J’ai fait inscrire sur la liste du contingent de la classe de 1915 mon neveu et pupille Camille Albert Dieudonné Zaleski, né à Saintes le 25 octobre 1895, élève à l’école d’agriculture de Grand-Jouan près Nozay (Loire Inférieure).
Comme mon pupille demeure actuellement chez son beau-frère, M. Émile XXX, à Tasdon, près de La Rochelle, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien autoriser mon neveu à être examiné par le Conseil de révision de La Rochelle (Charente Inférieure).
En outre, comme mon neveu a déjà deux de ses frères sous les drapeaux, Maxime Zaleski au 124e RI à Laval et Charles Zaleski, matelot-fourrier au 5e dépôt des équipages de la flotte à Toulon (Var), je demande qu’il lui soit fait application des dispositions de la loi lui permettant de choisir sa garnison et qu’il soit incorporé au 124e RI à Laval (Mayenne).
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes sentiments respectueux.
Signature : Denis Zaleski, chef de bureau honoraire à la Préfecture de la Seine.