27/03/1915 – Lettre de Camille à Denis

Avec cette carte, Camille nous apprend qu’un galon ne peut être donné à un soldat quand il est dans un dépôt. Il doit être au front ou sur le départ. Un départ qui a été encore retardé, cette fois-ci par une épidémie d’oreillons.
Portrait de Camille Pontarlier
Mon cher oncle,
Je suis toujours à Pontarlier, car une épidémie d’oreillons est venue retarder notre départ. Toute permission a été refusée, même aux soldats habitant les environs. Nous n’allons cependant pas tarder à partir maintenant, car il faut que le camp des Pareuses, où nous sommes, soit disponible pour le 1er avril afin de permettre l’installation de la classe 1916. Notre instruction est toujours très poussée. J’ai attrapé une plaie infectée au pouce droit qui m’a arrêté pendant quelques jours. Elle va beaucoup mieux maintenant et j’ai repris mon service.Carte postale Pontarlier
Je suis aujourd’hui instructeur des ajournés et réformés pris au dernier conseil de révision. Chaque élève-caporal fait son jour d’instructeur.
Quant aux galons, nous les aurons avant de partir au feu ou sur le front, car aucun élève de la classe 15 n’aura ses galons dans un dépôt, à moins qu’il ne soit possesseur du brevet d’aptitude militaire.
J’espère que vous vous portez bien. Je suis en bonne santé. Je vous embrasse affectueusement. Votre neveu, Camille Zaleski.
Donnez-moi, je vous prie, dans votre prochaine lettre des nouvelles de Maxime et de Charles. Je leur ai écrit il y 15 jours environ, mais je n’ai encore aucune nouvelle. Merci pour votre mandat.

21/10/1914 – Lettre de Camille à Denis

Camille vit à La Rochelle, chez sa sœur Émilia. Il a trouvé du travail à la gare de La Rochelle. Dans le même temps, il a été reconnu apte au Conseil de révision. Il s’inquiète pour la sécurité de son oncle et tuteur, car des bombes sont régulièrement larguées sur Paris.
Mon cher oncle,
Excusez-moi si je ne vous ai pas écrit plus tôt, mais étant cycliste à la gare, j’arrivais très fatigué de ma journée, le soir ; alors je remettais au lendemain et les jours se sont écoulés ainsi. Maintenant je travaille aux bureaux de la grande vitesse. Le travail n’est plus aussi fatigant, aussi je m’empresse de vous écrire.
Une chose qui m’étonne, c’est que vous n’ayez pas reçu, dites-vous, aucune nouvelle de moi depuis mon arrivée à La Rochelle. Je vous ai cependant écrit une lettre quelques jours avant mon entrée à la gare. C’est Émilia qui l’a mise elle-même à La Poste.
Je suis donc employé à la gare voici bientôt un mois, au traitement de 3 francs par jour. Nous sommes payés tous les 15 jours et j’ai déjà touché 65 francs.
J’ai passé le Conseil de révision le 7 octobre et ai été reconnu bon pour le service armé
e. J’ai immédiatement écrit au Commandant de mon arrondissement, ainsi que le comportait votre lettre, en demandant mon incorporation au 124e de ligne à Laval.
Nous avons de temps en temps des nouvelles de Maxime et de Charles, mais Jeanne reste dans le plus profond silence avec nous.
J’espère que vous vous portez bien et que le départ de Maxime n’altérera pas trop votre santé. Je désirerais arriver à Laval avant son départ pour le front.
Tout le monde ici est en bonne santé. Il est définitivement décidé par l’ingénieur qu’Émile restera à La Rochelle.
Lorsqu’il y aura du nouveau ici, je vous le ferai savoir immédiatement. Il faut espérer que l’on finira par enrayer le vol des bombes sur la capitale, car vous n’êtes jamais en sécurité avec ces appareils.
Je vous embrasse affectueusement ainsi que cousine. Votre neveu, Camille Zaleski.
Tout le monde ici se joint à moi pour vous envoyer d’affectueux baisers.

16/09/1914 – Lettre de Denis Zaleski au préfet

Après Maxime, c’est au tour de Camille (classe 1915) de se faire incorporer. Denis Zaleski, le tuteur des enfants de son frère, demande le rapprochement des frères dans une lettre au préfet, comme la loi le propose. La requête ne sera pas entendue, puisque Camille sera envoyé à la caserne de Lons-le-Saunier, puis Pontarlier, où il fera son instruction militaire.
Portrait de DenisMonsieur le Préfet,
J’ai fait inscrire sur la liste du contingent de la classe de 1915 mon neveu et pupille Camille Albert Dieudonné Zaleski, né à Saintes le 25 octobre 1895, élève à l’école d’agriculture de Grand-Jouan près Nozay (Loire Inférieure).
Comme mon pupille demeure actuellement chez son beau-frère, M. Émile XXX, à Tasdon, près de La Rochelle, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien autoriser mon neveu à être examiné par le Conseil de révision de La Rochelle (Charente Inférieure).
En outre, comme mon neveu a déjà deux de ses frères sous les drapeaux, Maxime Zaleski au 124e RI à Laval et Charles Zaleski, matelot-fourrier au 5e dépôt des équipages de la flotte à Toulon (Var), je demande qu’il lui soit fait application des dispositions de la loi lui permettant de choisir sa garnison et qu’il soit incorporé au 124e RI à Laval (Mayenne).
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes sentiments respectueux.
Signature : Denis Zaleski, chef de bureau honoraire à la Préfecture de la Seine.