24/06/1915 – Lettre d’Émilia à Camille

La dernière lettre d’Émilia n’est peut-être pas parvenue à Camille. Elle se décide à en écrire une autre. Elle ne fait plus allusion à son « mensonge » à propos de la mort de Maxime. En revanche, elle s’appesantit, elle aussi, sur son besoin de recevoir du courrier très souvent pour être tranquillisée. Camille est à peine parti, pas encore arrivé à destination, qu’il est assailli de toutes parts de demandes de courriers. Ces requêtes incessantes dévoilent une grande frayeur. Camille n’a pas d’autres choix que de les encaisser en silence. Les accueille-t-il avec recul ou perd-il patience ? Aura-t-il le temps de satisfaire à toutes ces exigences quand il sera au front ? E en aura-t-il envie ? Je m’interroge.
Emilia, fille de Marian ZaleskiLa Rochelle,
Mon cher petit Camille,
Je t’ai écrit avant-hier, mais comme j’ai adressé ma lettre à Pontarlier, tu ne l’as pas reçu.
Nous pensons bien à toi, mon petit Camille. Fais ton devoir, mais soit prudent.
Surtout, écris-nous souvent une carte toutes les semaines. Nous compterons dessus. Cela nous tranquillisera. J’ai reçu de Charles une carte avant-hier datée du 16. Il était en bonne santé.
Je t’envoie 15 francs en billets. Si maintenant que tu es en campagne, dis-nous ce qui te fera besoin. Comme à Charles, nous t’enverrons quelques petites douceurs.
Nous t’embrassons bien fort. Émile et petit Kéké. Dédé est toujours chez ses grands-parents. Écris à « Hupépé » (?), il me demande de tes nouvelles. Je te recommande surtout de nous écrire.
Je t’embrasse bien fort. Ta grande sœur Émilia.

23/04/1915 – Lettre d’Émilia à Camille

Émilia réécrit le lendemain à son frère pour lui envoyer de l’argent et le conjurer de ne pas hésiter à lui réclamer ce dont il a besoin. Elle en profite pour réitérer ses injonctions : « Sois courageux et sois prudent ». Elle exige une lettre minimum par semaine, et brandit la menace de l’inquiétude.
La Rochelle,Emilia, fille de Marian Zaleski
Mon cher Camille,
Je t’envoie 15 francs. Achète-toi ce que tu auras besoin avant de partir au front.
Il te reste en provision encore 55 francs. Cependant, ne t’inquiète pas pour cela. Ce que tu auras besoin demande-le-moi, sans gêne et sans amour proche [ne serait-ce pas plutôt « propre » ?]. Je suis ta grande sœur presque une mère pour toi. Cela me fera plaisir au contraire de t’envoyer ce que tu auras besoin. C’est bien compris ! Plus tard, quand tes neveux auront des moustaches et porteront l’uniforme, tu pourras te libérer quand ils iront te voir. En attendant, Kéké marche comme un petit homme. Il sera bien mignon mon Doudoux. Émile doit aller dimanche chercher Dédé. Son absence me fait paraitre le temps long malgré son petit frère.
Sois courageux et prudent mon cher Camille, et rapporte-nous la victoire avec toi.
Je te félicite de ton succès. Caporal, c’est un premier grade, les autres viendront par la suite. N’oublie pas, je te prie de m’écrire maintenant régulièrement. J’attends un mot toutes les semaines au moins une fois. Si tu oublies, tu me mettras dans l’inquiétude.
Au revoir, mon cher petit frère. Henri et Émile me chargent de t’embrasser affectueusement bien fort. Ta grande sœur, Émilia.

22/04/1915 – Lettre d’Émilia à Camille

Émilia, comme sa sœur Jeanne, forme des vœux contradictoires pour Camille : « fais ton devoir et soit prudent ».
La Rochelle,Emilia, fille de Marian Zaleski
Mon cher Camille,
J’ai reçu ce matin ta lettre et j’ai été très heureuse de recevoir de tes nouvelles. Maintenant que tu vas être exposé, écris-moi régulièrement. Nous pensons bien à toi, à ce pauvre Charles qui a passé tout l’hiver dans les tranchées, au pauvre Maxime.
Ici rien n’est changé. Émile est toujours là et maintenant il ne partira pas, car on a rappelé les employés de chemin de fer qui sont dans les dépôts.
Petit Dédé est à Aumagne. Il est bien intéressant. Petit Kéké marche seul depuis 15 jours, il trotte maintenant toute la journée. Il est très amusant.
Fais bien ton devoir mon cher Camille, mais ne t’expose pas inutilement. Songe que tu as de la famille qui sera au retour de cette guerre heureuse de t’embrasser. Émile et petit Kéké se joignent à moi pour t’embrasser affectueusement. Ta sœur, Émilia.