27/03/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

La famille ne sait toujours pas le décès de Maxime. Jeanne garde espoir de revoir ses trois frères après la guerre. Camille tarde toujours à écrire. La peine de Jeanne transparait dans la lettre.
JeanneMatha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
Pourquoi tant tarder à m’écrire ? Je m’inquiète à ton sujet et suis à me demander si tu es toujours à Pontarlier. Hélas, ton tour de partir au feu est aussi rendu. J’espérais tant que la guerre serait terminée avant ! Courage donc, mon petit frère, tu va suivre tes aînés. Vivons dans l’espoir que Dieu nous protègera et vous ramènera tous trois à nous qui vous aimons tant. Je ne puis croire que tu serais parti déjà sans m’avoir prévenu par un mot. Écris-moi vite et reçois de ta petite sœur les plus affectueux baisers. Jeanne.
Nos vacances auront lieu le samedi avril. Tu peux donc m’écrire encore à Matha.

28/02/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne ne reçoit plus de lettre de son petit frère chéri. Elle l’assène de questions, et l’informe des nouvelles de leurs frères. Charlot dans les tranchées, Maxime qui s’en approche et Marius qui vient d’être réformé.
Jeanne Matha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
Que veut dire ce long silence ? Si je n’avais pas eu de tes nouvelles par Émilia, je serais très inquiète. Trouve un petit moment pour me faire savoir ce que tu deviens, que te fait-on faire au régiment ? Tonton m’a dit que tu suis le peloton des élèves-caporaux. Penses-tu être reçu ? Dans ce cas, dans combien de temps aurais-tu tes galons ? Ta santé est-elle toujours bonne ? Tu a eu à souffrir du froid, mon pauvre frère chéri. J’ai bien pensé à toi. As-tu quelquefois des nouvelles de Charlot ? Il m’envoie souvent des cartes. C’est dur dans les tranchées, mais le courage ne lui manque pas.
Maxime approche du front. Marius est réformé… Tu es toujours sérieux, je suis sûre. J’ai confiance en toi. Manques-tu de quelque chose ? J’ai vu dernièrement Émilia et les deux petits à Aumagne. Ils sont tous bien portants. Ma santé est bonne aussi.
Je vois avec peine les mois s’écouler sans que la guerre se termine, il faudra sans doute te voir parti aussi… Malgré cela, vivons dans l’espérance. Écris-moi vite. Je t’embrasse affectueusement. Jeannette.

16/02/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis s’inquiète sérieusement à la réception de la courte missive de Camille, et s’interroge d’autant plus sur sa santé qu’il craint être mauvaise. Il redouble de conseils pour qu’il ne prenne pas froid. Charlot ne s’est-il d’ailleurs pas enrhumé dans les tranchées ? Jusqu’à présent, le froid est la première préoccupation.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
Comment vas-tu ? Ton indisposition est-elle passée ? Donne-nous de tes nouvelles, car à distance et dans l’ignorance de ton malaise, nous nous inquiétons. Écris-nous sans retard ou si tu es malade, prie un de tes camarades de m’écrire.
Maxime est en marche dans l’Est, nous ne savons pas où il se trouve, il entend déjà gronder le canon. Pour lui écrire, il faut adresser à « Dreux (Eure-et-Loir), aspirant au 101e RI Bataillon de marche, 15e Compagnie, faire suivre ».
Charlot m’a écrit ce matin, il est en première ligne dans les tranchées, il a déjà fait le coup de feu, il est enrhumé et il se plaint du froid qui est très vif dans ces régions.
Fais attention d’être bien couvert et évite de sortir le soir, il vaut mieux que tu restes dans ton cantonnement et ne pas d’exposer à l’air si froid du soir.
Bohdane se joint à moi pour t’embrasser tendrement. Écris souvent.

04/01/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne ne cache plus son angoisse. Maxime, Charlot et Marius sont au feu ou sous peu. Elle supplie Camille de lui écrire, il ne lui donne pas de ses nouvelles aussi souvent qu’elle le souhaiterait. Mais le reste de la famille est logé à la même enseigne. Camille n’aimerait-il pas écrire ? Et pourtant, ce sont des dizaines de lettres qui me sont parvenues ! La famille Zaleski, à l’image du grand-père poète Bohdan, voue d’étonnantes prédispositions pour l’écriture épistolaire. Non seulement les frères et sœurs s’écrivent régulièrement, mais aussi les cousins et les amis. Pendant ces temps de forts troubles, La Poste aux armées fonctionne à plein régime !
JeanneMatha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
J’espère que tu es toujours en bonne santé. J’ai su par Émilia combien il fait froid dans ta chambrée. Es-tu bien couvert ? N’as-tu pas trop à souffrir ? Écris-moi bientôt, le temps me semble long sans rien de toi. Que fais-tu au juste ? T’habitues-tu à ton métier de soldat ? Je tremble sans cesse pour notre pauvre Charlot qui doit être dans les tranchées. Comme il doit souffrir ! Maxime est parti hier pour le front et bientôt ce sera le tour de MariusLettre de Jeanne-04-02-1915 qui est soldat à Ancenis. La France fait appel à tous les dévouements. Espérons qu’elle vaincra bientôt et que Dieu protégera tous ceux que nous aimons.
Je suis en bonne santé ainsi que toute la famille. Je vis avec vous tous par la pensée et suis toujours dans l’attente de nouvelles. Ne me fais pas attendre trop longtemps mon cher petit frère et reçois les affectueux baisers de ta sœur Jeannette. Dis-moi bien si tu reçois cette carte, je crains toujours qu’elles ne parviennent pas.