27/01/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis adjure Camille de lui écrire malgré le froid. Il s’inquiète de savoir s’il a tous les sous-vêtements qu’il lui faut pour combattre le froid intense. Il évoque la lassitude pour la vie de Marius qui se dit être prêt à mourir. Je ne sais rien encore sur ce demi-frère aîné, dont la mère est décédée après la naissance, si ce n’est qu’il n’est pas tombé au combat. Pourra-t-il tenir le coup avec sa santé fragile ?
Portrait de DenisMon cher Camille,
Je viens de recevoir ta lettre du 25 qui m’explique ton silence. Je comprends que par un froid aussi vif tu n’as guère envie d’écrire, mais que cela ne t’empêche pas de m’écrire. Dis-moi si tu es suffisamment vêtu et si tu as tout ce qu’il te faut comme vêtements du dessous, chaussettes, cache-nez, ceinture en laine sur le ventre, chandail, etc. Si tu manques de quelque chose, je te l’enverrai, je t’enverrai la semaine prochaine un mandat de 5 francs.
Je suis content de savoir que tu supportes avec courage les intempéries et les débuts si difficiles de la vie militaire, surtout en temps de guerre. Tu seras sans doute nommé caporal dans un ou deux mois, et tu pourras passer vite sergent car on manque de sous-officiers.
J’ai reçu ce matin une lettre de Charlot, il doit être près de Dunkerque, mais il demande qu’on lui écrive par l’entremise du Grand-Palais.
Marius a été pris pour le service armé, il est soldat au 65 RI, 29e Compagnie de dépôt rue Noire, à Nantes, il part au feu dans un mois. Il est bien las de la vie et la mort ne lui fait pas peur. Je lui ai écrit pour le remonter.
Maxime est toujours à Chartres, attendant le moment du départ au feu, il a beaucoup à faire et il est dans un dépôt très dur, il fait avec ses hommes des manœuvres de nuit.
Bohdane se joint à moi pour t’embrasser tendrement, réponds-moi au sujet de tes sous-vêtements. Ton oncle Denis.

26/01/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis ne comprend pas le silence de Camille et le lui reproche. Il ne mâche pas ses mots. Apparemment, les lettres se sont croisées.
Portrait de DenisMon cher Camille,
Je t’ai écrit deux longues lettres, je t’ai envoyé le Guide du Gradé et ta cousine une paire de mitaines qu’elle t’a faite. Tu ne réponds pas et tu n’accuses même pas réception de nos envois. Je ne sais comment qualifier cela. Est-ce de la paresse ou de l’indifférence ?
Tu as bien le temps d’écrire puisque les soldats sont libres à partir de 6 heures et le dimanche.
J’attends une lettre de toi. Je t’embrasse. Ton oncle Denis.

02/01/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis, l’oncle et le tuteur de Camille, s’interroge sur son courrier précédent qui n’a pas atteint sa destination, Camille ayant quitté Lons-le-Saunier pour Pontarlier. Il ne se lasse pas de vanter les mérites de la qualité de l’air de la région. Puis, il donne des nouvelles de ses deux frères, Maxime et Charles, qui lui ont rendu visite et qui s’apprêtent à partir au feu.
Portrait de DenisMon cher Camille,
Je t’ai écrit une longue lettre le 26 décembre et je t’ai envoyé un mandat de dix francs. Je suis étonné que tu ne l’aies pas reçue le 30 décembre. Réclame cette lettre au vaguemestre, je l’avais adressée à Lons-le-Saunier.
Hier, nous avons eu le plaisir d’avoir, avec ton oncle Charles, Maxime, superbe dans son costume bleu clair d’officier, et ton frère Charles, arrivé la veille de Toulon et qui part au feu avec un détachement de fusillés-marins.
Tu peux écrire des lettres fermées sans affranchir. Tes camarades te diront ce qu’il faut faire. Écris souvent.
Tu es maintenant à Pontarlier. C’est un pays magnifique, mais l’air y est vif et très froid. Cela te fortifiera, mais fais bien attention de ne pas sortir le soir de la caserne pour éviter les congestions.
Nous nous réunissons tous pour t’embrasser.
Ton oncle. Denis.

PS. Fais-tu partie du peloton des élèves-caporaux ? Si oui, je t’enverrai le Guide du Gradé, ouvrage très important pour le service militaire et destiné aux gradés.