24/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille se prépare à repartir au front, mais sans le colis qui ne lui est pas encore parvenu. Il attend toujours des nouvelles de Jean, qui semble être malade ou blessé. Le froid s’installe pour de bon.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Suis en bonne santé. Je monte aux tranchées ce soir. Il fait déjà très froid ici. Je n’ai pas encore reçu votre colis. Merci beaucoup de vos bons souhaits ainsi que pour ce colis. Je n’ai rien reçu de Jean. J’espère qu’il va mieux. Je n’ai pas revu Charles depuis que je vous l’ai indiqué. Je compte le voir dimanche prochain, dans huit jours.
J’espère que votre santé est bonne. Bons baisers. Votre neveu. Camille.

19/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille se morfond dans sa tranchée. Pour tromper son ennui, il commande à son oncle quelques livres, dont un d’anglais pour se perfectionner. C’est la deuxième lettre qu’il termine avec une phrase allusive, compréhensible certainement par le destinataire, mais absconse pour tout autre lecteur, sans autre précision. Quoi qu’il en soit, des allusions qui révèlent une complicité affectueuse, qui font ressurgir des souvenirs… partagés avant le départ au front sans doute.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Je suis en bonne santé. Rien d’important à vous signaler, si ce n’est que le temps paraît long dans la tranchée. On finit par s’y ennuyer à rester ainsi oisif. Aussi, je vous serais très reconnaissant de m’envoyer quelques petits livres intéressants de littérature, ainsi que quelques livres classiques et entre autres un livre d’anglais, afin de me perfectionner en cette langue.
Envoyez-moi aussi un rouleau ou deux de papier collant afin de coller mes cartes-lettres, car mon cahier a passé la nuit dehors et il n’y a presque plus de colle sur les bords.
J’espère que vous êtes tous deux en bonne santé. Bonjour à Rose. Je vous embrasse tous les deux affectueusement. Votre neveu qui vous aime. Camille.
Qui est-ce qui fait le « lèche-pot » maintenant ?
Je n’ai rien reçu de Jean encore.

18/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille écrit dans les tranchées. Il parle du temps qu’il fait, du brouillard et des belles après-midi d’automne, et des feux d’artifice incessants offerts par le camp adverse.
Portrait de Camille Le front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Voici encore 2 jours de tranchées de tirés. Encore 2 autres. Les nuits commencent à devenir fraîches maintenant. Un épais et froid brouillard s’élève le matin vers 1 heure environ et persiste jusque vers 9 heures. Le reste de la journée est belle, nous avons de superbes après-midi d’automne.
Enfin, on ne s’ennuie pas de trop tous en commun ; nous avons l’agrément fréquent d’un joli feu d’artifice.
J’espère voir Charles jeudi ou vendredi prochain.
Je suis en bonne santé. J’espère qu’il en est de même pour vous. Je vous embrasse affectueusement. Bien à vous. Camille.
Et mon camarade, il doit s’ennuyer maintenant. Est-il toujours sur la tablette à côté du piano ?

15/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille repart le lendemain dans les tranchées. Il a reçu un colis de journaux, dont Le Matin… Il préférerait Le Temps ou Le Pèlerin, car Le Matin arrive jusqu’au front et est disponible à la vente. Il souhaite que son oncle lui mentionne les bons articles à lire. Il entame une correspondance avec le fils des amis de son oncle, Jean Birmann. Maxime en a beaucoup parlé dans son journal intime. Recevoir du courrier, de belles lettres, joliment tournées, doit être primordial pour ces hommes qui risquent leur vie tous les jours et se sentent si seuls dans cette furieuse tempête qui s’éternise.
Portrait de Camille Le front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je reçois vos charmantes lettres à l’instant. Je vous remercie de songer à moi ainsi. Inversement, je ne vous oublie jamais et ne patiente que dans l’espoir de vous retrouver le plus tôt possible. Je vous remercie pour le colis de journaux que vous m’avez envoyé. Cependant, il est inutile de m’envoyer Le Matin et le journal ici, car on peut se les procurer chaque jour moyennant 0,10 franc. Nous alternons René et moi pour l’achat de l’un d’eux. Ce qui m’intéresse le plus c’est Le Temps et Le Pèlerin. De même que si vous trouviez certains articles intéressants dans des livraisons quelconques, vous seriez bien aimable de mes les envoyer en soulignant ces bons articles.
Je n’ai pas vu Charles pendant ces deux jours de repos ; cependant, en allant porter mon linge chez Irsa (?), j’en ai eu des nouvelles par elle ; il est en bonne santé ; elle l’a vu hier soir, le 14 octobre. Ma santé est excellente, j’espère qu’il en est de même pour vous. Je monte aux tranchées demain soir. Je place dans cette carte-lettre une pensée cueillie sur les dunes de Belgique à quelques kilomètres des Boches. Bons baisers, mon cher oncle et ma chère cousine.
Vivement la paix qui finira mon exil !
J’ai écrit à Jean Birmann, hier, une lettre très cordiale. J’espère qu’il ne tardera pas à me répondre. Je suis, en effet, certain que son amitié est précieuse et agréable puisque Maxime se l’était approprié presque entière. Il écrit si gentiment, si bien. Bien à vous. Camille.