25/01/1916 – Lettre de Denis à Camille

Un bombardement important a eu lieu à Nieuport. Denis est très inquiet et prie Camille de le rassurer au plus vite sur sa santé. Il souhaite excuser Charles qui travaille désormais au ministère. Il n’a guère de temps pour lui. Il travaille tous les jours. Il donne des nouvelles de Jeanne et de Jean.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
J’ai reçu hier ta lettre, mais aujourd’hui nous savons qu’il y a eu un violent bombardement de la région de Nieuport. Aussi, nous sommes inquiets à ton sujet et nous te prions de nous écrire un petit mot dès que tu auras reçu ma carte.
le petit Charles est tellement occupé au ministère qu’il ne peut pas t’écrire. Il faut qu’il y soit à 8 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir. Il travaille tous les dimanches et doit passer une nuit au ministère tous les sept jours. Dès qu’il aura un instant il t’écrira, mais excuse-le s’il n’a pas le faire jusqu’à présent.
Jeanne va beaucoup mieux, elle va se reposer jusqu’à la fin du mois et reprendra ses cours le 1er février. Jean va retourner au dépôt de Vincennes le 1er février, mais je ne sais pas s’il sera accepté et si on l’enverra au front. Il est encore trop faible et trop maigre, il pèse 55 kg. Bohdane et Charles se joignent à moi pour t’embrasser tendrement, ton oncle.
Mon cher Camille, écris-nous bien vite, nous sommes inquiets pour toi en raison du bombardement signalé ce matin. Je t’embrasse bien affectueusement, Bohdane.

Bon courage, mon cher Camille, notre pensée te suivra. Ecris-nous souvent. Je t’embrasse tendrement, Bohdane.
Publicités

13/12/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis donne des nouvelles de Charles qui doit repartir, cette fois-ci à Cherbourg, puis revenir et repartir à nouveau pour une destination inconnue. Il raconte combien on est fiers de sa Croix de guerre. Il a hâte que Camille ait enfin une permission. Dans cette attente, il lui souhaite un bon courage et de la patience.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
Charles est encore à Paris jusqu’à demain, il partira à Cherbourg et reviendra avec une permission de 6 à 7 jours pour repartir ensuite définitivement, il ne sait pas où encore. Nous l’attendons aujourd’hui pour lui dire au revoir, il est 3 heures, il n’est pas encore là. Hier, nous avons été avec lui chez les Birmann qui l’ont beaucoup gâté et l’ont félicité pour sa Croix de guerre. Il a été également à Saint-Germain-en-Laye voir Henriette et les enfants.
Émilia, Émile et Dédé nous ont écrit qu’ils arriveraient demain mardi pour voir Charles, mais je crois qu’il sera trop tard, car il doit partir demain à 10 heures du matin à Cherbourg.
Écris-moi si tu as reçu les objets envoyés par Banoun et l’alcool solidifié avec un crayon à encre par la poste. Bohdane t’enverra un colis plus gros pour Noël.
La température est devenue plus clémente, mais la pluie a dû être très abondante en Belgique comme ici et tu as dû en souffrir.
Nous espérons bien que tu viendras en permission dans quelques mois, car on voit depuis quelque temps beaucoup de permissionnaires et ton tour ne manquera pas de venir. Courage et patience, mon cher Camille, et bons baisers de nous deux et de Charles. Ton oncle, Denis.
Nous pensons bien à toi. Jean va mieux, il espère bien te voir quand tu viendras en permission.

Je t’embrasse tendrement, mon cher Camille, Courage, Bohdane.

09/12/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis raconte le retour de Charles à la maison, où se trouve déjà Jean en convalescence. On apprend que si Charles est revenu à Paris, c’est parce que son régiment des fusillés marins a été licencié. Il attend donc sa nouvelle affectation.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
J’ai reçu tes cartes, je suis heureux de savoir que tu te portes bien, malgré le mauvais temps et l’affreuse humidité qui ne cessent de régner.
Nous pensons bien souvent à toi et à ton isolement depuis de départ de ton frère. Charles est arrivé ici avant-hier, nous l’avons vu mardi soir à 5 h 1/2 et il a passé sa journée d’hier avec nous. Nous l’avons emmené chez les Muyeaud-Lozin (?) et les Mickiewicz. Il était très fatigué de son voyage, il ne sait pas combien de temps il va rester à Paris et ce qu’il va devenir après le licenciement du régiment. Nous espérons le voir aujourd’hui, mais il n’est pas encore venu, bien qu’il soit 3 heures. Ton oncle Charles est venu hier, il a été content de voir Charles et de recevoir ta lettre. il te répondra ces jours-ci. Jean va mieux, il est en ce moment chez nous, il me charge de te transmettre toutes ses amitiés. Badoun est-il rentré ? T’a-t-il remis notre paquet ? Bodhane t’envoie ma boîte d’alcool solidifié dès que tu nous l’écriras. Bonjour à Bador, je t’embrasse bien tendrement.

Mon cher Camille, mon bras va un peu mieux. Nous pensons à toi et parlons beaucoup de toi avec Charles qui commence un peu à se remettre de ses fatigues du voyage. Écris-nous souvent, mon petit Camille. Heureusement que tu as près de toi ton bon ami René. Je vais t’envoyer de l’alcool solidifié. Bons et affectueux baisers de ta cousine. Bohdane.

25/11/1915 – Lettre de Camille à Denis

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Camille monte de nouveau aux tranchées, il est content d’avoir reçu un réchaud de son oncle qui lui servira bien dans l’hiver qui se prépare. Il en profite pour lui réclamer un quart qu’on lui a pris. Il est content que son frère Charles quitte bientôt la Belgique. Mais il devra monter deux fois au front !
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
J’ai reçu votre colis. Je vous en remercie beaucoup. J’ai saisi le montage du petit réchaud. Je pourrai m’en servir demain et les jours suivants, car je monte aux tranchées ce soir, en 1ère ligne. Je vous remercie d’avoir songé à l’utilité de cet objet pour moi.
J’ai vu Charles avant-hier. Il est en bonne santé et compte quitter la Belgique le 6/12. Il aurait donc encore deux fois à monter aux tranchées.
J’espère que votre santé est bonne, la mienne l’est également. Si vous recevez ma carte avant d’avoir vu M. Banoun, remettez-lui, je vous prie pour moi la cravate bleue que je vous ai laissée, ainsi qu’un quart, car on m’a pris le mien aux tranchées. Vous pourrez trouver un quart dans toute quincaillerie.
J’ai reçu des nouvelles d’Émilia et de Jeanne il y a quelques jours. J’espère que la santé de Jean s’améliore, puisse-t-il avoir la chance dans son prochain conseil de réforme. Je lui ai écrit il y a quelques jours.
Pauvre oncle Charles, il souffre toujours. Je regrette d’avoir oublié sa fête, et je vais m’efforcer de réparer cet oubli par une longue lettre à son adresse.
J’ai appris que vous aviez Ninette avec vous. Donnez-lui un gros baiser du Zouave et recevez vous-mêmes, chers parents, mes meilleurs baisers. Camille.

02/11/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille est de retour dans les tranchées. Il raconte qu’il a vu Charles la veille. Lui aussi repartait au front le lendemain. Il accuse réception des colis. Il lui manque le papier collant, un livre et le mandat.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Je viens de faire 6 jours de tranchées ; journées pénibles en raison du mauvais temps, pluie et grand vent. Nous avons eu ensuite 2 jours de repos, puis nous sommes de retour dans les tranchées depuis hier soir 1er/11 jusqu’au 5 au soir. J’ai vu Charles hier, nous nous sommes promenés pendant 2 heures et ensuite nous sommes allés faire respectivement chacun son sac, car lui aussi est monté aux tranchées hier soir. Il porte la croix de guerre qu’on lui a remise ces jours derniers. J’ai reçu votre 1er colis contenant du chocolat, tabac, chaussettes, l’autre petit colis contenant le papier collant et un petit livre et votre mandat. Je vous remercie beaucoup de tout cela. Quant au dernier colis dont vous me parle, je ne l’ai pas encore reçu. J’espère que vous êtes en bonne santé, la mienne est excellente. J’ai reçu une gentille lettre de Jean. Bons baisers. Camille.

15/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille repart le lendemain dans les tranchées. Il a reçu un colis de journaux, dont Le Matin… Il préférerait Le Temps ou Le Pèlerin, car Le Matin arrive jusqu’au front et est disponible à la vente. Il souhaite que son oncle lui mentionne les bons articles à lire. Il entame une correspondance avec le fils des amis de son oncle, Jean Birmann. Maxime en a beaucoup parlé dans son journal intime. Recevoir du courrier, de belles lettres, joliment tournées, doit être primordial pour ces hommes qui risquent leur vie tous les jours et se sentent si seuls dans cette furieuse tempête qui s’éternise.
Portrait de Camille Le front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je reçois vos charmantes lettres à l’instant. Je vous remercie de songer à moi ainsi. Inversement, je ne vous oublie jamais et ne patiente que dans l’espoir de vous retrouver le plus tôt possible. Je vous remercie pour le colis de journaux que vous m’avez envoyé. Cependant, il est inutile de m’envoyer Le Matin et le journal ici, car on peut se les procurer chaque jour moyennant 0,10 franc. Nous alternons René et moi pour l’achat de l’un d’eux. Ce qui m’intéresse le plus c’est Le Temps et Le Pèlerin. De même que si vous trouviez certains articles intéressants dans des livraisons quelconques, vous seriez bien aimable de mes les envoyer en soulignant ces bons articles.
Je n’ai pas vu Charles pendant ces deux jours de repos ; cependant, en allant porter mon linge chez Irsa (?), j’en ai eu des nouvelles par elle ; il est en bonne santé ; elle l’a vu hier soir, le 14 octobre. Ma santé est excellente, j’espère qu’il en est de même pour vous. Je monte aux tranchées demain soir. Je place dans cette carte-lettre une pensée cueillie sur les dunes de Belgique à quelques kilomètres des Boches. Bons baisers, mon cher oncle et ma chère cousine.
Vivement la paix qui finira mon exil !
J’ai écrit à Jean Birmann, hier, une lettre très cordiale. J’espère qu’il ne tardera pas à me répondre. Je suis, en effet, certain que son amitié est précieuse et agréable puisque Maxime se l’était approprié presque entière. Il écrit si gentiment, si bien. Bien à vous. Camille.

03/03/1915 – Journal intime de Maxime

213e jour de guerre. Piètre commandement. Parties de cartes entre camarades. Un bon lit. Une accalmie avant de se confronter à la mort. La rêverie s’incline face à dame Lucidité. Tuer ou être tué ? Au diable bassesse, misère, sottise ! Maxime mise sur la maîtrise de soi… et un peu de folie. 
Mercredi 3 mars. En avant pour un nouveau cantonnement, de Poix à Bussy, 20 km à l’est de Châlons. Nous avons voyagé en autocar, svp. En auto il faisait froid. ça m’abrutissait. Ce voyage pourtant me rappelait mes randonnées à Dembiniec quand xxxxx me disait « Vous serez poète et un grand poète« . Lointain passé chassé chéri.
Ce cantonnement n’est pas emballant, car  nos chefs ne savent guère se débrouiller et nous avons les plus sales coins infinis après maintes péripéties. Je déniche un lit, un bon lit, oh ! quel luxe, et qu’on y dort bien. Et puis après avoir bouffé dans les escouades, un coin où une vieille demoiselle me sert, on y est bien. Demeurons-y.
Un départ pour le 102e. Je n’en suis pas. Je laisse l’adjudant Dubois.
Un bon coin pour jouer au bridge avec Callou. Je m’y remets à ce jeu sacré.
Une église potable avec un cimetière suffisant. Endormi avec les jours nouveaux et les lettres qui m’arrivent. C’est la bonne vie qui commence, trop bonne pour qu’elle dure. Alleluia, alleluia. Adsum, adsum de plus en plus.
Mercredi soir. Ça y est. Je suis du départ. De retour le 3 mars, le nous serons en route pour où aller. En route et nargue à tous. Ah ! j’en ai assez vu de misère, de bassesses humaines, de sottises. Allons au combat, tuer et en finir, mourir ou être blessé !! Voilà la vie. J’approche de mon heure la plus grave. Calme, maître de moi ; serai-je ainsi toujours et la folie ne serait-elle pas proche ?
En avant. Jean (Birmann) y est bien au feu. À mon tour. Concentrons-nous, narguons tout, et que la danse des balles commence ! Et bientôt armés d’une ardeur nouvelle, nous entrerons aux splendides villes.