04/01/1916 – Lettre de Denis à Camille

Denis et Bohdane rappellent les bons souvenirs des fêtes d’antan où Maxime était parmi eux. Une grande tristesse les étreint. Jeannette est toujours malade et Charles prend deux jours avant son départ pour Cherbourg pour lui rendre visite à Matha.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
Nous avons reçu ta carte du 29 décembre et nous avons été bien touchés de tes vœux et de tes sentiments affectueux. Puisses-tu nous revenir bientôt en bonne santé et te reposer de tes fatigues et des épreuves que tu supportes.
Je crois aune l’année 1916 sera la fin de la guerre et que nous aurons enfin la victoire attendue depuis si longtemps.
Nous avons passé bien tristement ces premières journées de la nouvelle année, et nous avons senti plus vivement les vides que la mort a faits autour de nous  ; heureusement que ton frère Charles était près de nous. Hier soir, il a reçu un permis gratuit qu’Émilia lui a envoyé et le soir il est parti pour La Rochelle et pour Matha. Il faut qu’il soit de retour le 6 avant minuit à son Dépôt de Cherbourg. Il a voulu absolument aller embrasser cette chère petite Jeannette qui était malade et qui n’a pas pu arriver. Jeanne va mieux et va se lever aujourd’hui pour la première fois, elle sera bien heureuse d’embrasser son frère et de causer avec lui pendant quelques heures.
Charles a été hier au ministère de la Marine, il ne sait pas encore quelle sera son affectation. Heureusement il ne fait pas froid et tu dois moins souffrir dans les tranchées.
Courage et patience. Écris-nous. Bons baisers. Ton oncle Denis.

Mon petit Camille, nous avons été touchés par ta carte si affectueuse et pleine de cœur. Oui, notre Maxime est pour nous tous un vide si immense que rien ne peut consoler. En ces jours de fêtes, réunions de famille autrefois, on souffre doublement ! Courage, mon petit Camille. dans trois mois, tu nous reverras. Je t’envoie aujourd’hui un colis par la Poste. J’attends pour t’envoyer de l’alcool de savoir si le à réchaud à gourmette n’est pas plus commode. Bons et affectueux baisers. Bohdan.
PS. Jeannette est mieux. Elle a écrit hier. Charles nous rapportera de ses nouvelles.

13/12/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille est au front depuis 2 mois et 9 jours. Encore 110 jours, et la permission est au bout. Du fond de sa tranchée, au segment de la « grande dune », il écrit une longue lettre, remercie son oncle pour ses paquets, donne de ses nouvelles et en prend de ceux qui sont revenus blessés. Il remercie son oncle particulièrement pour avoir choisi un quart en fer. S’il avait été en aluminum, on le lui aurait volé pour faire des objets, et notamment des bagues.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Banoun est de retour depuis quelques jours. Il m’a raconté son entrevue avec vous et il m’a remis votre petit colis, ainsi que les deux paquets de tabac. Le petit paquet contenait en effet : un quart, une cravate et quelques petites croquettes de chocolat, probablement petit reste d’habitude de cousine, du temps heureux : la rente. Je vous remercie bien pour tout cela. Vous avez bien pensé en m’envoyant un quart en fer, car on lui aurait fait une chasse acharnée s’il avait été en aluminium, pour faire des bagues, car l’aluminium des boches se fait maintenant rares, les fusées de leurs obus sont en fonte.
J’ai reçu également votre mandat de 10 francs. Je vous l’ai mentionné sur une lettre précédente.
Je suis en ce moment aux tranchées en 1ère ligne, segment de la « grande dune », tout au bord de la mer. Si Charles est avec vous, demandez-lui en des détails, il doit en avoir entendu parler. Il fait très froid ici, surtout la nuit, d’autant plus que le froid est accompagné d’un grand vent.
J’ai vu dans les journaux la réception de Paris aux fusillers-marins. J’en suis heureux pour eux et particulièrement pour Charles, car ces pauvres marins ont eu parfois de rudes moments à passer. Je m’en suis fait souvent la réflexion en les voyant aux tranchées. Que va faire Charles maintenant ? compte-t-il rester quelques jours à Paris comme il me l’avait dit ici ou bien rejoint-il immédiatement son dépôt de Toulon ?
J’espère que votre santé est bonne. Je suis heureux de savoir que le bras droit de cousine va mieux. Toutefois, je crois qu’il serait plus prudent de porter un peu plus d’attention à ce mal persistant, car vous aviez déjà mal, ma bonne cousine, lors de mon séjour à Paris. Comment va Bronis et Henriette, ainsi que ses bébés ? Bien j’espère. Je lui ai écrit il y a déjà quelque temps, j’attends une réponse d’elle d’ici peu.
J’ai reçu une lettre de Jeanne avant-hier, sa santé est bonne.
Je vous serais bien reconnaissant de m’envoyer de l’alcool solidifié, car je n’ai pu m’en procurer jusqu’à présent.
Je vous envoie une caricature trouvée dans « Le Petit Parisien », elle m’a amusé, car elle représente un peu ce que nous sommes dans nos tranchées de 2e ligne. Nous y sommes vus de bien des endroits, aussi nous sommes obligés de nous tenir terrés comme le montre la caricature et les figures se réjouissent aussi quand arrive le jus.
Et Jean, comment va-t-il ? J’espère que le calme de la maison et l’affection des siens le rétabliront promptement. Présentez-lui, s’il vous plaît, mes meilleurs vœux de santé.
René se porte toujours comme un charme, sa gaité sur le front ne s’est en rien altérée. Ma santé est également bonne. Voici deux mois et neuf jours que je suis au front, encore 110 jours et la permission et peut-être avant même.
Tout calcul fait, je serai aux tranchées pour la Noël et au repos pour le jour de l’An.
Recevez mes chers parents de bons baisers de Camille.
Un bonjour à Rose.

21/10/1914 – Lettre de Camille à Denis

Camille vit à La Rochelle, chez sa sœur Émilia. Il a trouvé du travail à la gare de La Rochelle. Dans le même temps, il a été reconnu apte au Conseil de révision. Il s’inquiète pour la sécurité de son oncle et tuteur, car des bombes sont régulièrement larguées sur Paris.
Mon cher oncle,
Excusez-moi si je ne vous ai pas écrit plus tôt, mais étant cycliste à la gare, j’arrivais très fatigué de ma journée, le soir ; alors je remettais au lendemain et les jours se sont écoulés ainsi. Maintenant je travaille aux bureaux de la grande vitesse. Le travail n’est plus aussi fatigant, aussi je m’empresse de vous écrire.
Une chose qui m’étonne, c’est que vous n’ayez pas reçu, dites-vous, aucune nouvelle de moi depuis mon arrivée à La Rochelle. Je vous ai cependant écrit une lettre quelques jours avant mon entrée à la gare. C’est Émilia qui l’a mise elle-même à La Poste.
Je suis donc employé à la gare voici bientôt un mois, au traitement de 3 francs par jour. Nous sommes payés tous les 15 jours et j’ai déjà touché 65 francs.
J’ai passé le Conseil de révision le 7 octobre et ai été reconnu bon pour le service armé
e. J’ai immédiatement écrit au Commandant de mon arrondissement, ainsi que le comportait votre lettre, en demandant mon incorporation au 124e de ligne à Laval.
Nous avons de temps en temps des nouvelles de Maxime et de Charles, mais Jeanne reste dans le plus profond silence avec nous.
J’espère que vous vous portez bien et que le départ de Maxime n’altérera pas trop votre santé. Je désirerais arriver à Laval avant son départ pour le front.
Tout le monde ici est en bonne santé. Il est définitivement décidé par l’ingénieur qu’Émile restera à La Rochelle.
Lorsqu’il y aura du nouveau ici, je vous le ferai savoir immédiatement. Il faut espérer que l’on finira par enrayer le vol des bombes sur la capitale, car vous n’êtes jamais en sécurité avec ces appareils.
Je vous embrasse affectueusement ainsi que cousine. Votre neveu, Camille Zaleski.
Tout le monde ici se joint à moi pour vous envoyer d’affectueux baisers.