16/09/1914 – Lettre de Denis Zaleski au préfet

Après Maxime, c’est au tour de Camille (classe 1915) de se faire incorporer. Denis Zaleski, le tuteur des enfants de son frère, demande le rapprochement des frères dans une lettre au préfet, comme la loi le propose. La requête ne sera pas entendue, puisque Camille sera envoyé à la caserne de Lons-le-Saunier, puis Pontarlier, où il fera son instruction militaire.
Portrait de DenisMonsieur le Préfet,
J’ai fait inscrire sur la liste du contingent de la classe de 1915 mon neveu et pupille Camille Albert Dieudonné Zaleski, né à Saintes le 25 octobre 1895, élève à l’école d’agriculture de Grand-Jouan près Nozay (Loire Inférieure).
Comme mon pupille demeure actuellement chez son beau-frère, M. Émile XXX, à Tasdon, près de La Rochelle, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien autoriser mon neveu à être examiné par le Conseil de révision de La Rochelle (Charente Inférieure).
En outre, comme mon neveu a déjà deux de ses frères sous les drapeaux, Maxime Zaleski au 124e RI à Laval et Charles Zaleski, matelot-fourrier au 5e dépôt des équipages de la flotte à Toulon (Var), je demande qu’il lui soit fait application des dispositions de la loi lui permettant de choisir sa garnison et qu’il soit incorporé au 124e RI à Laval (Mayenne).
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes sentiments respectueux.
Signature : Denis Zaleski, chef de bureau honoraire à la Préfecture de la Seine.

 

13/08/1914 – Lettre de Camille à Denis

Camille a dû quitter son école d’agriculture à la veille des examens, les professeurs ayant été mobilisés par la déclaration de guerre. Il est chez sa sœur, où il espère se trouver un travail. Il exprime son inquiétude pour son frère Maxime qui a été appelé et évoque sa réflexion sur l’éventuelle décision de s’engager. Sa sœur Jeanne ajoute une pensée à son père et à sa tante qui s’appelaient « Marie/Marian », tous les deux décédés. Elle suggère de s’adresser à leur cousin Bronislaw « Bronis » pour avoir des nouvelles de Charlot.
Portrait de CamilleMon cher oncle2015-04-01 23.30.29,
Enfin, me voici parvenu à La Rochelle après 21 heures de voyage. Je suis parti lundi à 7 heures du matin de Nozay et suis arrivé le mardi à 4h30 du matin à La Rochelle ; aussi j’étais quelque peu fatigué de ce voyage, surtout en raison de mon genou, mais ces deux jours de repos m’ont entièrement rétabli.
J’ai été heureux d’apprendre que Maxime était caserné à Laval ; il est bien plus en sécurité pour l’instant. Quant à Charles, on n’en a pas de nouvelles depuis la guerre.
J’attends la guérison de mon genou avec impatience, et là, peut-être m’engagerais-je. Toutefois, cette détermination n’a pas l’air de sourire fort, ici, à la maison. Enfin, je verrai ce que je devrais faire d’ici quelques jours. Émile me cherche une place, car celle qui m’était réservée n’est plus à prendre pour cause de renvoi de tous les employés et de la fermeture des bureaux, en raison de la guerre.
C’est après-demain qu’étaient les fêtes de mon cher papa et de ma chère tante. Quel coup terrible aurait été pour eux la déclaration de la guerre et le départ de Maxime pour l’armée !  Je n’ai pas encore pu exprimer à Maxime toute la joie que m’a causée la réussite de son examen.  Vous voudrez bien, je vous prie, nous donner son adresse lorsque vous la connaîtrez, afin de correspondre avec  lui, de ne pas le laisser seul, d’être près de lui par la pensée dans cette ville inconnue.
Nous n’avons pas achevé nos examens à Grand-Jouan et, par conséquent, nous n’avons eu aucun classement, nos professeurs étaient presque tous partis dès les premiers jours à la mobilisation.
Espérons que cette guerre se terminera vite, à l’honneur des Français, et que nous n’aurons aucun nouveau deuil à porter à la fin de celle-ci.
Je vous embrasse affectueusement, ainsi que ma cousine. Votre neveu, Camille Zaleski.
Tout le monde se joint à moi pour vous embrasser tendrement, même Dédé et Riquet qui sont mignons à croquer.
Je vous remercie beaucoup pour votre bon de poste de 5 francs.
Jeanne griffonne un mot qui noircit tout l’espace de la lettre.
Vous devez trouver la maison bien vide, mes biens chers parents, et d’autant plus triste vu les circonstances pénibles. Donnez-nous l’adresse de Maxime, nous lui écrirons. Sa nouvelle vie doit lui paraître si étrange et si dure. Nous avons appris avec joie son changement pour Laval. Là, il n’y a pas de danger pour le moment. Si le terrible cauchemar dans lequel nous vivons pouvait cesser bientôt, il ne partirait pas dans l’est. Charlot ne peut écrire sans doute. Dans quelle inquiétude nous sommes à son sujet ! Ne pourriez-vous en avoir des nouvelles par Bronis ?
Camille aimerait bien trouver un emploi. Espérons que dans quelques jours il sera fixé. En attendant, il lui faut soigner son genou qui est en bonne voie de guérison, mais qui demande encore sans doute une  bonne dizaine de jours avant d’être complètement guéri.
Le 15, je penserai bien à mon cher père et à notre chère tante ; qu’ils veillent sur vous de là-haut et protègent ceux que nous aimons.
Je vous embrasse bien affectueusement vous deux. Jeanne. Que devient tonton Charles ?

22/04/1914 – Lettre de Jeanne à Camille

Découvrez la lettre de Jeanne à son petit frère qui repart à son école d’agriculture, en internat. Elle lui fait des recommandations touchantes, où transparaît l’amour quasi maternel de la sœur pour le frère. Elle éclaire aussi l’avenir sur le comportement du futur soldat.
JeanneMon cher petit Camille,
As-tu fait un bon voyage, à quelle heure es-tu arrivé à Grand-Jouan, as-tu rencontré les camarades dont tu parlais ? Tu as oublié ta cravate bleue. Comme je sais qu’elle t’est utile, je vais me rendre à La Poste tout à l’heure pour te l’envoyer, ainsi qu’un mouchoir que tu as laissé ici. LeLettre22041914s quelques jours passés près de toi m’ont semblé bien court, mon petit Camille, mais trois mois seront bien vite passés et nous serons – je l’espère – de nouveau réunis. Mange bien, porte-toi bien et travaille de même. Du courage, « toujours plus », n’est-ce pas mon petit frère ? Instruis-toi, tu en connais l’utilité, tu prépares ainsi ton avenir. Écris bien vite à tonton (Denis), si tu ne l’as pas encore fait. Ici tout le monde est en aussi bonne santé que lors de ton départ. Dédé est toujours un amour d’enfant et son petit frère profite à vue d’œil. Je ne pars pas jeudi, Émilia ayant son repos ce jour-là, nous le passerons ensemble. Je partirai donc vendredi pour Pons et samedi pour Matha. Écris-moi bientôt, et tu me diras si tu as reçu ta cravate. Je t’envoie les bons baisers de la part de tout le monde ici. Jeannette. Écris aussi à Charlot, cela lui fera plaisir.