19/05/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille espère avoir une permission pour les fêtes de la Pentecôte et ainsi revoir son oncle, Bohdane, mais aussi sa sœur souffrante, Jeanne. Il ne reste plus beaucoup de soldats du 44e à Pontarlier. Ils partent les uns après les autres. Camille sait bien qu’il va bientôt partir, et prépare sa famille à son proche départ inéluctable.
Portrait de Camille Pontarlier
Mon cher oncle, Ma chère cousine, Ma chère Jeanne
Je viens de recevoir vos lettres. Je vous remercie pour le colis que j’ai reçu vendredi dernier et qui contenait en effet une chemise. Je n’ai pas aperçu le fil ni les aiguilles. Il n’était pas nécessaire de me dire que le paquet avait été préparé par cousine, je m’en suis aperçu rien que par l’habileté de l’emballage.
On accorde des permissions de 24 heures pour les fêtes de la Pentecôte. J’espère que l’on m’en accordera une pour dimanche ou lundi. Donc, sans être déçu si je n’arrive pas, comptez néanmoins sur moi pour l’un de ces deux jours. C’est un réel plaisir pour moi d’espérer passer quelques instants auprès de vous avant mon départ au front. Car les départs pour le front sont maintenant très fréquents. Il est parti un détachement pour les Dardanelles dimanche dernier ; un autre, de volontaires pour le même endroit est parti hier à 12 heures. Enfin il part 36 hommes par Compagnie vendredi prochain. Il ne reste que très peu de soldats de la classe 1915. Les Compagnies du 44e sont surtout composées d’ajournés et de réformés en temps de paix et refait depuis la guerre, et d’évacués du front.
Je désire que ma lettre parte à la levée de 15 heures. Je termine donc ce mot en vous embrassant tous tendrement. Bonne santé et merci des bons soins que vous donnez à Jeanne. Camille.
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18/05/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

« Confiance, élevons nos cœurs ! » exhorte Jeanne en achevant sa lettre… Jeanne si fébrile à l’idée de perdre son frère. Elle souhaite qu’il reste le plus longtemps protégé à Pontarlier, loin des lignes ennemies. A-t-elle fini par admettre qu’elle ne reverra plus Maxime ? Et Charles qui est aussi au front… La santé de l’oncle Denis s’améliore, et toute l’attention se reporte sur le bien-être de Camille et son confort… jusqu’au fil et aux aiguilles.
JeanneParis,
Mon cher petit Camille,
Nous avons reçu tes bonnes lettres, merci mon petit frère, elles nous ont fait grand plaisir. Tonton et Bohdane te répondront bientôt. Écris leur le plus souvent possible et longuement, ainsi que tu l’as a-fait, cela leur fait du bien et à ta petite sœur aussi tu penses bien.
Que fais-tu en ce moment ? De nombreuses marches sans doute, ne te fatigues-tu pas trop ? Enfin, heureusement que ta santé est bonne ! Le climat des montagnes te fait du bien, comme je désire que tu restes le plus longtemps possible à Pontarlier.
La santé de notre cher oncle est meilleure ; mon séjour à Paris nous a fait un peu de bien à tous trois ; pour moi, ma santé est bonne, notre cousine me soigne si bien comme toujours, et ils sont si bons tous deux. Charles t’a-t-il écrit ? Nous avons eu des nouvelles il y a peu de jours, il se porte bien. As-tu reçu le petit colis de cousine, une chemise ? Elle y a ajouté du fil et des aiguilles, les as-tu trouvés ? Elle pense à tout et à tous cette bonne cousine ! Écris donc bien vite, dis si tu as reçu l’envoi. Reçois de bons baisers de ta petite sœur Jeanne.
Courage toujours, cher petit frère ! Confiance, élevons nos cœurs !
Tonton et cousine t’embrassent. Tonton désire t’écrire aujourd’hui, je vais mettre ma carte avec sa lettre.

10/05/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille accuse réception des colis d’effets. Cette longue lettre détaille sa vie de « troupier à Pontarlier », qui inclut manœuvres et exercices. Il évoque la décoration d’un capitaine originaire de Saintes qui s’est évadé de prison malgré ses blessures. Un certain M. Smyth…
Portrait de Camille Pontarlier
Mon cher oncle, Ma chère cousine,
Tout d’abord, laissez-moi vous remercier pour les 2 colis que vous m’avez envoyés ainsi que pour le mandat. Les 2 colis contenaient, en effet, ce que vous m’avez énumérés (2 paires de chaussettes, 1 caleçon, 1 flanelle et 1 mouchoir bleu)
. Ça fait plaisir de pouvoir mettre du linge propre et de changer fréquemment.
Je suis heureux de savoir Jeanne auprès de vous et qu’Émilia va aller vous voir d’ici peu avec Dédé. La présence de Jeanne, d’Émilia et surtout le gai babil de Dédé contribueront, je l’espère, à votre prompt rétablissement.
Quant à moi, je travaille ferme ici. Nous avons fait, vendredi dernier, une marche manœuvre de 30 kms à travers bois et sur un terrain très accidenté, bien entendu. Nous nous sommes élevés à 1 400 mètres d’altitude, c’est-à-dire que Pontarlier se trouvant à 853 mètres d’altitude nous sommes élevés de 547 mètres sur une distance de 8 kms environ. C’était pénible en raison de la lourdeur du sac et de l’atmosphère accablante, le temps étant orageux. Samedi, nous avons en revue du Commandant d’armes de Pontarlier qui en a profité pour décorer et faire Chevalier de la Légion d’honneur le capitaine Smyth (?) du 6e de ligne de Saintes. Cet officier, blessé et prisonnier, a réussi, avant complète guérison de ses blessures, à s’évader d’Allemagne et revenir en France en passant par la Suisse. Nous avons donc fait du maniement d’armes et défilé toute la matinée. L’après-midi, nous eu, pour finir, revue du général commandant la 7e légion. Nous avons donc fait de l’école de section du déployant en tirailleur pendant 3h30 devant le général. Ces 2 jours d’exercices ininterrompus nous avaient beaucoup fatigués. Hier, nous avons eu travaux de propreté pour la matinée et l’après-midi repos. je me suis reposé toute l’après-midi. Aujourd’hui, je fais office de caporal-peloton aux cuisines. Ce travail n’est pas fatiguant. J’ai pour consigne d’empêcher à ce qu’on prenne les meilleurs morceaux de viande, à maintenir la cuisine très propre et à empêcher tout étranger aux cuisines, l’accès de celle-ci. J’en profite donc pour vous envoyer de mes nouvelles.
Jeanne me fait savoir que vous avez eu la visite de Madame Albert. En effet, cette dame étant venue voir son fils ici, elle a visité un peu le camp, la ville et a pu de vive voix vous donner des détails sur la vie du troupier à Pontarlier. Son fils est un jeune soldat ajourné de la classe 1914, mais pris « bon pour le service » au Conseil de révision de la classe 1915. Nous avons fait nos classes ensemble, suivi le peloton des élèves-caporaux ensemble, et nommé fonctionnaire-caporal à 2 ou 3 jours d’intervalle. Je fais fonction de caporal à la 2e escouade de la 1ère section et lui à la 4e escouade de la 1ère section. Nous couchons donc dans le même bâtiment.
Je suis en bonne santé, comme toujours, et bien reposé. Je n’ai encore rien reçu de Charles. Je lui ai écrit il y a quatre jours.
À bientôt de vos nouvelles qui m’annonceront, j’espère, pour vous une bonne santé. Je vous embrasse affectueusement. Votre neveu et cousin qui vous aime. Camille.

09/05/1915 – Lettre d’Émilia à Camille

Émilia est désolée d’apprendre que Camille ne peut pas profiter d’une permission avant de partir au front. Elle avait un permis pour lui, mais qu’est-ce donc que ce permis… ? Un permis pour voyager gratuitement, je pense, le père de Camille ayant travaillé à la compagnie des chemins de fer. D’ailleurs, une association de la compagnie ferroviaire a pour mission d’aider les orphelins de cheminots décédés jusqu’à leur majorité. Les enfants mineurs, au moment du décès de leur père Marian, en 1907, ont ainsi bénéficié de cette aide.
La Rochelle,Emilia, fille de Marian Zaleski
Mon cher Camille,
J’ai appris par Cousine que tu n’avais pas quitté Pontarlier. C’est une dame de ses amies qui le lui a dit. Ta santé est très bonne, paraît-il. Écris-moi pour me dire si tu as reçu ton argent. Envoie-moi également un mot lorsque tu seras fixé pour ton départ. C’est dommage que tu n’aies pas eu de permission. J’avais un permis pour toi. Je l’avais envoyé à Tonton, car tu serais passé par Paris.
Henri, le petit « Pinpin », a fait beaucoup de progrès. Il marche seul très solidement et commence à parler. Dédé pense toujours à Tonton et tous nous nous réunissons pour t’embrasser affectueusement. Ta sœur Émilia.

24/04/1915 – Lettre de Denis à Camille

Le sort de Maxime préoccupe fortement Denis qui se dit très malade. Pourtant, il sait bien que Maxime est mort au combat. Il est encore question d’un mandat dont Camille n’a pas accusé réception. Denis ignore si Camille est encore à Pontarlier ou au front.
Portrait de Denis Paris, Mon cher Camille,
Émilia t’a mis au courant de nos inquiétudes au sujet de Maxime. Je suis moi-même malade depuis six semaines et atteint d’une fièvre que les médecins ne peuvent couper et qui me force à garder le lit.
Tu ne m’écris pas souvent, tu ne m’as pas dit si tu avais reçu le mandat de 20 francs que je t’ai envoyé le 29 mars. Tu avais le temps de m’écrire. Fais-moi connaître ta nouvelle adresse pour que je puisse te suivre et rester en communication avec toi.
Bohdane et moi nous t’embrassons tendrement. Ton oncle, Denis.
Réponds-moi tout de suite, j’ai un paquet à t’envoyer. Je verrai si je puis te l’envoyer encore à Pontarlier.

27/03/1915 – Lettre de Camille à Denis

Avec cette carte, Camille nous apprend qu’un galon ne peut être donné à un soldat quand il est dans un dépôt. Il doit être au front ou sur le départ. Un départ qui a été encore retardé, cette fois-ci par une épidémie d’oreillons.
Portrait de Camille Pontarlier
Mon cher oncle,
Je suis toujours à Pontarlier, car une épidémie d’oreillons est venue retarder notre départ. Toute permission a été refusée, même aux soldats habitant les environs. Nous n’allons cependant pas tarder à partir maintenant, car il faut que le camp des Pareuses, où nous sommes, soit disponible pour le 1er avril afin de permettre l’installation de la classe 1916. Notre instruction est toujours très poussée. J’ai attrapé une plaie infectée au pouce droit qui m’a arrêté pendant quelques jours. Elle va beaucoup mieux maintenant et j’ai repris mon service.Carte postale Pontarlier
Je suis aujourd’hui instructeur des ajournés et réformés pris au dernier conseil de révision. Chaque élève-caporal fait son jour d’instructeur.
Quant aux galons, nous les aurons avant de partir au feu ou sur le front, car aucun élève de la classe 15 n’aura ses galons dans un dépôt, à moins qu’il ne soit possesseur du brevet d’aptitude militaire.
J’espère que vous vous portez bien. Je suis en bonne santé. Je vous embrasse affectueusement. Votre neveu, Camille Zaleski.
Donnez-moi, je vous prie, dans votre prochaine lettre des nouvelles de Maxime et de Charles. Je leur ai écrit il y 15 jours environ, mais je n’ai encore aucune nouvelle. Merci pour votre mandat.

26/02/2015 – Lettre de Charles à Camille

Charles réprimande son frère qui ne donne pas signe de vie. Une certaine Denyse se plaint également de ce silence. J’ignore qui elle est…
Charles, dit Charlot Mon cher Camille,
Il y a longtemps que tu m’as écrit. Répare vite ce manque de courage et envoie-moi de tes nouvelles. Il doit faire froid à Pontarlier. Je suis en ce moment en 1ère ligne. Il neige fort ici.
Denyse m’a écrit il y a 2 jours. Elle n’est pas contente que tu ne lui aies pas écrit.
Maxime est parti pour le front. J’espère que ta santé est bonne.
Écris-moi vite pour me dire si tu n’es pas trop mal. Bons baisers. Charles.