22/06/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne se languit de recevoir des nouvelles et de Camille. Elle lui signale que l’oncle et la cousine sont en visite chez des amis au Vésinet pour quelques jours. Ah ! Que dire lettre après lettre, laissée sans réponse, au risque de se répéter ? Jeanne se répète, et se désole de ne rien recevoir… Sa santé est meilleure, mais plus le temps passe plus la tristesse la gagne et plus la crainte l’étreint.
JeanneMatha,
Mon bon petit Camille,
Vite quelques mots qui puissent partir ce soir. As-tu reçu mes cartes ? Je trouve le temps long de ne rien recevoir de toi. Ne tarde plus à me dire comment tu vas et ce que tu fais. À chaque instant du jour, je pense à mes petits frères si loin de moi, et c’est si triste de songer qu’ils mènent une si dure vie, que je ne peux les soulager, les dorloter un peu ! Les lettres seules apportent quelque consolation ; n’est-il pas vrai, petit Camille ? Aussi, écris vite. As-tu reçu les photos ? Bohdane m’a dit te les avoir envoyées. Bonne cousine, toujours empressée à nous faire plaisir ! Ils doivent être actuellement, tonton et elle, chez les Birmann au Vésinet pour quelques jours, mais je n’en suis pas certaine, n’ayant pas reçu de leurs nouvelles depuis pas mal de temps. Ils ne vont pas tarder à m’écrire, j’espère. J’ai vu jeudi Émilia et les enfants, tous sont bien portants. Je suis en meilleure santé… Reçois, mon petit frère, les affectueux baisers de ta sœur Jeanne.

14/06/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne demande à son frère s’il connait le lieutenant Albert Brugerolle (18e escadron du train), originaire de Matha, qui serait à Pontarlier. Dans le Journal Officiel du 21 octobre 1918, je lis que celui-ci a été promu « officier du train des équipages militaires (service automobile) »… Il aurait donc survécu. Jeanne s’inquiète de la santé de son frère, comme d’habitude, mais elle se laisse aller à la nostalgie et au regret de vivre si loin des siens. L’amour de sa famille lui manque.
JeanneMatha,
Mon cher petit Camille,
Merci pour ta carte. Je suis contente que tu restes à Pontarlier. Ta santé se maintient-elle toujours bonne ? As-tu ce qu’il te faut ? N’oublie pas d’écrire souvent chez notre oncle et n’oublie pas non plus pour cela d’envoyer de temps en temps des nouvelles à ta petite sœur qui en attend en ce moment, et à qui seules les lettres des personnes qui lui sont chères font un peu de bien. Émilia doit venir jeudi à Aumagne. Je m’y rendrai sans doute aussi, heureuse d’embrasser notre grande sœur et nos chers petits neveux. Dis-moi dans ta prochaine lettre si mes cartes de parviennent bien. Parfois je crains le contraire.
Je reste toujours dans le regret d’avoir quitté nos bons parents, jamais leur tendresse ne m’avait tant manqué ; je m’habitue difficilement à vivre loin d’eux.
Connais-tu le lieutenant Albert Brugerolle, il est de Matha ; depuis quelque temps, il est, paraît-il, à Pontarlier. Le vois-tu ?
Je t’embrasse bien tendrement, mon frère chéri, en te demandant encore une fois de m’écrire bientôt. Ta petite sœur Jeanne.
J’ai eu une carte de Charles le 7, il était en bonne santé.

18/05/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

« Confiance, élevons nos cœurs ! » exhorte Jeanne en achevant sa lettre… Jeanne si fébrile à l’idée de perdre son frère. Elle souhaite qu’il reste le plus longtemps protégé à Pontarlier, loin des lignes ennemies. A-t-elle fini par admettre qu’elle ne reverra plus Maxime ? Et Charles qui est aussi au front… La santé de l’oncle Denis s’améliore, et toute l’attention se reporte sur le bien-être de Camille et son confort… jusqu’au fil et aux aiguilles.
JeanneParis,
Mon cher petit Camille,
Nous avons reçu tes bonnes lettres, merci mon petit frère, elles nous ont fait grand plaisir. Tonton et Bohdane te répondront bientôt. Écris leur le plus souvent possible et longuement, ainsi que tu l’as a-fait, cela leur fait du bien et à ta petite sœur aussi tu penses bien.
Que fais-tu en ce moment ? De nombreuses marches sans doute, ne te fatigues-tu pas trop ? Enfin, heureusement que ta santé est bonne ! Le climat des montagnes te fait du bien, comme je désire que tu restes le plus longtemps possible à Pontarlier.
La santé de notre cher oncle est meilleure ; mon séjour à Paris nous a fait un peu de bien à tous trois ; pour moi, ma santé est bonne, notre cousine me soigne si bien comme toujours, et ils sont si bons tous deux. Charles t’a-t-il écrit ? Nous avons eu des nouvelles il y a peu de jours, il se porte bien. As-tu reçu le petit colis de cousine, une chemise ? Elle y a ajouté du fil et des aiguilles, les as-tu trouvés ? Elle pense à tout et à tous cette bonne cousine ! Écris donc bien vite, dis si tu as reçu l’envoi. Reçois de bons baisers de ta petite sœur Jeanne.
Courage toujours, cher petit frère ! Confiance, élevons nos cœurs !
Tonton et cousine t’embrassent. Tonton désire t’écrire aujourd’hui, je vais mettre ma carte avec sa lettre.

13/02/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille remercie son oncle et sa cousine pour l’envoi des deux paquets qu’il attendait. Il fait allusion à son état de santé, ce qui laisse croire qu’il est malade.
Portrait de CamilleMon cher oncle,
Excusez cette courte et tardive carte. Je vous remercie pour les deux colis et le mandat-lettre que m’avez envoyés. Tous ces effets me sont et seront utiles. Je remercie également beaucoup ma cousine pour la peine qu’elle a prise dans l’envoi de ces deux paquets.
Je vous écrirai longuement dès que je serai en état de le faire.
Bons baisers à tous deux. Remerciements. Que Dieu garde mes frères.
Camille.