08/03/1915 – Lettre d’Émilia à Camille

Il est question de permis dans cette lettre. Un permis pour quoi ? Pour prendre le train ? Émilia suggère de faire valoir auprès de la direction des chemins de fer qu’il est le fils d’un ancien agent. Camille parviendra-t-il à revoir sa famille avant de partir au front ?
La Rochelle,Emilia, fille de Marian Zaleski
Mon cher Camille,

J’ai reçu ta lettre hier. Elle a mis longtemps à me parvenir. Je t’écris rapidement, car je suis très occupée en ce moment et je ne voudrais pas te faire attendre.
Je t’envoie ce que tu me demandes. J’ai demandé un permis, mais comme il faut que la demande aille à Saintes, je ne sais si je pourrais l’envoyer à temps. Si je l’envoyais à notre oncle ?
En tout cas, tu pourrais en allant à Paris aller à la Direction au bureau du Secrétaire de la direction, rue de Rome, demander un permis à titre de fils d’ancien agent (mineur).
J’attends des nouvelles. Nous serons très heureux de pouvoir te voir avant ton départ pour le front.
Nous nous réunissons tous pour t’embrasser affectueusement. Ta sœur, Émilia.
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Du 20 au 24/12/1914 – La caserne au bout du voyage

Camille ponctue son voyage qui le conduit à la caserne de Lons-le-Saunier en adressant une carte postale des villes où le train fait une halte : Lyon – Bourg-en-Bresse – Lons-le-Saunier. La première représente l’arrivée de prisonniers allemands à la gare de La Rochelle. Est-ce pour signifier la victoire certaine de la France ? Arrivé à la caserne, il couche sur la paille, mais mange à sa faim. À la veille de Noël, il dit prendre les choses « gaiement » et admire le paysage montagneux du Jura. J’imagine sa déception de ne pas avoir intégré le même régiment que son frère. Le verra-t-il avant son départ prochain au front ?
Le 20 décembre 1914,
Mon cher oncle,
Je suis de passage à Lyon. Je vais être incorporé, comme Émilia vous la déjà fait savoir, au 44e à Lons-le-Saunier. Je pars de Lyon à 18h56 et arriverai à Lons-le-Saunier à 10 heures demain. Je dois me présenter à 15 heures à la caserne. Je vous donnerai d’ici peu de plus amples détails. Je vous embrasse affectueusement ainsi que cousine. Camille Zaleski.
Le 20 décembre 1914,
Mon cher oncle,
Je suis à Bourg-en-Bresse ; en attendant la correspondance, je visite la ville. Encore 63 km, et à la caserne.
Bons baisers à cousine et pour vous. Camille Zaleski.
Le 21 décembre 1914,
Mon cher oncle,
Je suis arrivé hier à la caserne, nous couchons sur la paille. Nous attendons mieux. Bons baisers. Magnifique pays.
Camille.
Le 24 décembre 1914,
Mon cher oncle,
Je suis maintenant versé à la 27e compagnie, 4e section, 16e escouade du 44e d’Infanterie. Nous faisons l’exercice chaque jour par un froid très vif. Nous allons partir le 3 janvier pour Pontarlier. C’est un pays, paraît-il, encore plus froid. Nous couchons sur la paille. Par contre, la nourriture est abondante. Enfin, nous prenons cette nouvelle vie, quoique très dure, gaiement. Je vous embrasse affectueusement ainsi que cousine. Camille.

16/09/1914 – Lettre de Denis Zaleski au préfet

Après Maxime, c’est au tour de Camille (classe 1915) de se faire incorporer. Denis Zaleski, le tuteur des enfants de son frère, demande le rapprochement des frères dans une lettre au préfet, comme la loi le propose. La requête ne sera pas entendue, puisque Camille sera envoyé à la caserne de Lons-le-Saunier, puis Pontarlier, où il fera son instruction militaire.
Portrait de DenisMonsieur le Préfet,
J’ai fait inscrire sur la liste du contingent de la classe de 1915 mon neveu et pupille Camille Albert Dieudonné Zaleski, né à Saintes le 25 octobre 1895, élève à l’école d’agriculture de Grand-Jouan près Nozay (Loire Inférieure).
Comme mon pupille demeure actuellement chez son beau-frère, M. Émile XXX, à Tasdon, près de La Rochelle, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien autoriser mon neveu à être examiné par le Conseil de révision de La Rochelle (Charente Inférieure).
En outre, comme mon neveu a déjà deux de ses frères sous les drapeaux, Maxime Zaleski au 124e RI à Laval et Charles Zaleski, matelot-fourrier au 5e dépôt des équipages de la flotte à Toulon (Var), je demande qu’il lui soit fait application des dispositions de la loi lui permettant de choisir sa garnison et qu’il soit incorporé au 124e RI à Laval (Mayenne).
Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de mes sentiments respectueux.
Signature : Denis Zaleski, chef de bureau honoraire à la Préfecture de la Seine.