21/01/1916 – Lettre de Camille à Denis

Camille adresse une courte lettre pour remercier son oncle de ses colis. Il se réjouit de la meilleure santé de sa sœur, et de la présence de Charles près de son oncle.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Je suis en bonne santé. Je vous remercie pour le colis de tabac que vous m’avez envoyé. J’ai reçu également le colis d’Émilia. Je suis heureux de savoir Charles auprès de vous et pour si longtemps. Cela le changera de la tranchée où il est resté tant de temps. Je suis heureux de savoir Jeanne en bonne santé. Je n’ai rien reçu de Marius encore. Bons baisers. Camille.
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09/01/1916 – Lettre de Camille à Denis

Première lettre de Camille de l’année. Jeanne est alitée en raison d’un malaise, il se demande si elle suit toujours un régime. Il remercie son oncle de lui avoir envoyé des douceurs pour les fêtes de fin d’année, des douceurs qui manquent cruellement dans les tranchées. 
Portrait de CamilleLe front (Belgique)
Chers parents,
Je suis heureux que ma lettre vous ait apporté quelque distraction et quelque consolation. Soyez certain qu’au jour de Noël et qu’au jour de l’An, ma pensée est allée souvent vers vous…
Je vous remercie pour le colis que vous m’avez envoyé. Ces petites douceurs au front, où l’on en est privé, font bien plaisir.
J’ai écrit à Jeanne il y a déjà assez longtemps, je n’ai pas encore reçu de réponse. Heureusement, vous me dites qu’elle va mieux, qu’elle se lève et que Charles a passé quelques instants avec elle. Il faut espérer que ce gros malaise ne sera rien et qu’elle guérira promptement. Suit-elle toujours un régime ?
J’espère que vous êtes en bonne santé. La mienne se maintient toujours de même. La température doit être assez douce à Paris, cet hiver. Ici, le vent souffle toujours avec rage.
Bador, Rodzinski, Albert sont toujours avec moi.
Bons baisers, mes chers parents + bien à vous. Camille.

29/12/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille accuse réception de son colis de Noël et semble se régaler des fondants que ses parents lui ont envoyés. Il loue la mémoire de Maxime tombé au front, précisant que c’était la meilleure mort qu’un soldat puisse souhaiter. Camille est courageux et très compatissant envers sa famille qui souffre de le voir aux tranchées et qui craignent pour sa vie.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
J’ai reçu votre colis de Noël. Je n’ai pas encore utilisé le nouveau réchaud que vous m’avez envoyé. Cependant, il me paraît très pratique et est peu encombrant. Je vous remercie beaucoup de toutes ces bontés : vous n’avez pas oublié que les fondants étaient mes bonbons préférés.
De même que pour la Noël, le Jour de l’An ne nous apportera pas la gaité coutumière à cette fête ! Cette terrible guerre n’a pas permis à notre cher Maxime de voir 1916, nous le supprimant à 22 ans, en pleine jeunesse, en prévision d’un bel avenir. Il est tombé face à l’ennemi, il a eu la plus belle mort qu’un soldat puisse souhaiter. Espérons que notre rançon pour la Patrie s’arrête là et que l’année 1916 nous trouvera réunis et victorieux.
Je vous souhaite dans cet espoir une bonne année, heureuse autant que possible, exempte de tous les tourments que vous supportez depuis bientôt 18 mois.
J’espère que vous êtes en bonne santé. La mienne est excellente. Je vous embrasse bien affectueusement. Bien à vous. Camille.

24/12/1915 – Lettre de Bodhane à Camille

La lettre de Bohdane est tendre et attentionnée. C’est le jour du réveillon de Noël, et son cœur saigne : Camille le passera cette année encore loin des siens alors que Maxime n’est plus.
Mon cher Camille,
J’étais occupée hier quand notre cher oncle arrivait. Aussi, je t’envoie aujourd’hui mon affectueux souvenir en ce jour de Noël, si triste pour nous cette année. Espérons que le Noël 1916 nous réunira tous, mais le vide immense qu’ont laissé pour nous tous notre chère Tante et notre Maxime chéri sera éternel et dans ces jours de fête, notre cœur saignera toujours. Nous te savons aux tranchées, mon petit Camille. Notre pensée t’y suivra. J’espère que tu vas bientôt recevoir le colis envoyé le 18. Je t’enverrai bientôt une boîte d’alcool solidifié. Lis-tu les livres que nous t’avions envoyés ? Les trouves-tu intéressants ? Charles est revenu chez nous ce matin, de retour de La Rochelle. Il repart mercredi pour Cherbourg. Écris-nous souvent, car nous nous inquiétons quand nous ne recevons pas souvent de tes nouvelles. Mon bras va mieux, c’est du rhumatisme. Nous t’embrassons bien tendrement. Courage et espoir ! Ta cousine Bohdane. Bonjour à Bador.

17/12/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille accuse réception de son colis, et notamment la recharge d’alcool solidifié qu’il n’a pas pu trouver au front. IL évoque Charles qui est reparti cette fois-ci pour Cherbourg et de Émile et Émilia qui l’ont encore — il semble que cela devient une habitude — manqué.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
J’ai reçu votre petit colis contenant la boîte de recharge d’alcool solidifié et le crayon encre, je vous écris même avec celui-ci. Je vous en remercie beaucoup, vous êtes bien bon pour moi. On nous a remis, à chacun, deux paquets de cigarettes algériennes : cadeau de Noël de l’Algérie et Tunisie pour ses zouaves. Nous avons en outre un gros stock de paquets de tabac à distribuer.
Charles doit être à Cherbourg maintenant. Émile et Émilia ne perdront donc jamais la malchance d’arriver après le départ de celui et ceux qu’ils veulent voir. J’espère que vous êtes en bonne santé. La mienne est bonne. Il fait bien froid ici. Je vous embrasse affectueusement. Bien à vous. Camille.

13/12/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille est au front depuis 2 mois et 9 jours. Encore 110 jours, et la permission est au bout. Du fond de sa tranchée, au segment de la « grande dune », il écrit une longue lettre, remercie son oncle pour ses paquets, donne de ses nouvelles et en prend de ceux qui sont revenus blessés. Il remercie son oncle particulièrement pour avoir choisi un quart en fer. S’il avait été en aluminum, on le lui aurait volé pour faire des objets, et notamment des bagues.
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Banoun est de retour depuis quelques jours. Il m’a raconté son entrevue avec vous et il m’a remis votre petit colis, ainsi que les deux paquets de tabac. Le petit paquet contenait en effet : un quart, une cravate et quelques petites croquettes de chocolat, probablement petit reste d’habitude de cousine, du temps heureux : la rente. Je vous remercie bien pour tout cela. Vous avez bien pensé en m’envoyant un quart en fer, car on lui aurait fait une chasse acharnée s’il avait été en aluminium, pour faire des bagues, car l’aluminium des boches se fait maintenant rares, les fusées de leurs obus sont en fonte.
J’ai reçu également votre mandat de 10 francs. Je vous l’ai mentionné sur une lettre précédente.
Je suis en ce moment aux tranchées en 1ère ligne, segment de la « grande dune », tout au bord de la mer. Si Charles est avec vous, demandez-lui en des détails, il doit en avoir entendu parler. Il fait très froid ici, surtout la nuit, d’autant plus que le froid est accompagné d’un grand vent.
J’ai vu dans les journaux la réception de Paris aux fusillers-marins. J’en suis heureux pour eux et particulièrement pour Charles, car ces pauvres marins ont eu parfois de rudes moments à passer. Je m’en suis fait souvent la réflexion en les voyant aux tranchées. Que va faire Charles maintenant ? compte-t-il rester quelques jours à Paris comme il me l’avait dit ici ou bien rejoint-il immédiatement son dépôt de Toulon ?
J’espère que votre santé est bonne. Je suis heureux de savoir que le bras droit de cousine va mieux. Toutefois, je crois qu’il serait plus prudent de porter un peu plus d’attention à ce mal persistant, car vous aviez déjà mal, ma bonne cousine, lors de mon séjour à Paris. Comment va Bronis et Henriette, ainsi que ses bébés ? Bien j’espère. Je lui ai écrit il y a déjà quelque temps, j’attends une réponse d’elle d’ici peu.
J’ai reçu une lettre de Jeanne avant-hier, sa santé est bonne.
Je vous serais bien reconnaissant de m’envoyer de l’alcool solidifié, car je n’ai pu m’en procurer jusqu’à présent.
Je vous envoie une caricature trouvée dans « Le Petit Parisien », elle m’a amusé, car elle représente un peu ce que nous sommes dans nos tranchées de 2e ligne. Nous y sommes vus de bien des endroits, aussi nous sommes obligés de nous tenir terrés comme le montre la caricature et les figures se réjouissent aussi quand arrive le jus.
Et Jean, comment va-t-il ? J’espère que le calme de la maison et l’affection des siens le rétabliront promptement. Présentez-lui, s’il vous plaît, mes meilleurs vœux de santé.
René se porte toujours comme un charme, sa gaité sur le front ne s’est en rien altérée. Ma santé est également bonne. Voici deux mois et neuf jours que je suis au front, encore 110 jours et la permission et peut-être avant même.
Tout calcul fait, je serai aux tranchées pour la Noël et au repos pour le jour de l’An.
Recevez mes chers parents de bons baisers de Camille.
Un bonjour à Rose.

05/12/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille est au repos, il revient des tranchées, heureux de la bonne idée de son oncle de lui avoir envoyé un réchaud et de l’alcool solidifié. Manger chaud et se mijoter des douceurs maintiennent le moral. Mais où trouver de l’alcool solidifié au front ?
Portrait de Camille Le front (Belgique)
Chers parents,
Deux mots pour vous assurer de ma bonne santé. Nous sommes au repos dans un nouveau camp. Les baraques sont neuves et un peu plus hermétiques. J’ai fait usage dans mes derniers jours de tranchées du réchaud que vous m’avez envoyé. Il est très pratique et même excessivement pratique. J’ai pu pendant deux jours, jusqu’à usage total de l’alcool solidifié, manger chaud en 1ère ligne. En outre, je faisais chauffer mon vin et en mettant un peu de sucre dedans, je me constituais un grog très réconfortant pour la nuit. Le seul inconvénient est que, jusqu’ici, je n’ai pu m’en procurer de nouveau. Je fais mon possible pour en trouver et, si oui, je vous le ferai savoir.
J’ai reçu votre mandat-carte, je vous en remercie beaucoup.
La disparition de ce pauvre Bernard se prolonge par trop. Espérons quand même, on a vu des cas analogues où le disparu faisait connaître de ses nouvelles.
J’espère que Jean se fortifie, croyez-vous qu’il se rétablira totalement ?
Je vous embrasse affectueusement. Bien à vous. Camille.