15/02/1915 – Journal intime de Maxime

197e jour de guerre. Des lettres, et le moral est en hausse. Mais qui est Jean ?
Lundi 15 février.  Allons, les lettres arrivent. Y a bon. Je suis plus fort, ragaillardi. Meilleur. Cartes de Jean, belles cartes, charmantes. Il est au feu et il pense à moi sans cesse. C’est beau.

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14/02/1915 – Journal intime de Maxime

196e jour de guerre. Immense solitude. Moral défaillant. Maigres festins. Parties de cartes. Messe. Toujours pas de lettres. Et au loin gronde toujours le canon.
Dimanche 14 février. Je m’ennuie toujours et autour de moi le moral est plus mauvais encore. Ça tient sans doute à la bidoche et aux maigres festins que nous faisons ici. De la boue, à en rôtir. Je me couche dans la paille parmi mes poilus. Les sous-officiers heureusement m’accueillent, car les officiers ne me sourient guère.
Bonne matinée. La messe, où on se rue. Et puis les bêtises, les bêtises, râteliers d’armes, feuillées, etc. Ça dégoûte d’être militaire.
Je m’ennuie ; heureusement, on se réunit entre aspirants. On est mieux. Partie de whist, partie de manille dans une maison à patronne bien débonnaire. On joue. Cela m’empêche de penser. Quoique ta Pologne m’inquiète et que je songe à elle.
Perdu, je suis perdu dans ma complète solitude. Quelle vie ! Quand reviendront les jours de répit ? On s’ennuie, le canon gronde là-bas.
Vêpres. On chante. Ça remue ces chants plaintifs catholiques et français. Toujours la foi, et je dis je la comprends. Oui, ces pauvres loques humaines ont raison de se plaindre. Mais moi, moi, je tiendrai bon, seul, jusqu’au bout.
À quand des lettres ? Je m’ennuie. Je soupire à me jeter dans la fournaise.
Le soir, bonne rencontre. Les officiers du 124e RI, Guillereau et Rébillon [Jean-Baptise Marie – Sergent-Major – Tué à l’ennemi le 25 septembre 1915]. C’est parfait. Je ne suis plus si seul.

11/02/1915 – Journal intime de Maxime

Maxime commence son journal intime le jeudi 11 février 1915, le 193e jour de guerre. Il s’adresse à sa famille, à ses « parents chéris ». Ce sont des notes, écrites sur le vif, avec un brin d’ironie et de lyrisme. L’écriture est difficile à déchiffrer, le papier est fané, les abréviations foisonnent… et des mots arrachés à certaines pages en charpie. Je rectifie l’orthographe, et la ponctuation pour une meilleure lecture. Les mots entre guillemets sont le résultat de ma compréhension, mais sans certitude. Et entre crochets, une explication ou précision.
Jeudi 11 février. Que de choses, oh oui, depuis le 31 janvier. Que de longues journées dans Chartres, ah ! mes parents chéris ! Finis la vie à Chartres. La cathédrale et ses vitraux rouges, la belle dame qui me faisait des avances et que j’ai fuie dans ma joie d’être « noyé » entre le lieutenant Giberton toujours aussi froid, des sergents itou.
2 à 3 j, un grand souvenir, tonton, on a appris le pourquoi, et la Pologne, enfin, ma Patrie, va renaître. Applaudissons et mourrons pour ça, hurrah ! La Pologne ainsi vraie est la promesse, tu renaîtras, et vaste, oh joie. Stacha doit jubiler, et mon amie là-bas.
Oui, maintenant, je puis mourir puisqu’on permet à la Pologne de vivre.
Bohdane canne [reculer, ne pas faire la fière] en me quittant, tonton aussi. Moi, je brave.
Lundi, mardi, jours chargés. Affolement. C’est dur à manier une section, à prendre en main son monde. Quel sale boulot. ça viendra-t-il ?
Mercredi, le départ se tasse. Je fais la connaissance de ce St-Pierre qui a connu « BOINYANN » (?).
Départ, quelle émotion, les adieux, en route la musique, les poilus saouls, durs à mener. Les femmes s’attristant, le curé de la rue de Beauvais (où la Supérieure franciscaine xxxx) avait fait la vertu prouesse xxxx. Puis en route. En route pour Dreux. Je retrouve Callou et Berger.
Jeudi et vendredi, Dreux. Départ retardé jusqu’à dimanche. Mon capitaine Rosselin [Claude-Emile, grièvement blessé le 25 août 1914 – Légion d’honneur], mon sous-lieutenant Dracacci aussi [Légion d’honneur -Blessé le 15 septembre 1916 – Mort dans l’ambulance le 18 septembre 1916]. Du mal à nous bien conduire. Aïe ! aïe ! aïe !! ça sent le Courteline [L’amour vache]. Y a bon, je ne m’affole pas. Callou et Berger sont du bataillon de marche. Unis jusqu’à la mort. Dîner d’abord au champagne, svp.
Dimanche, mes parents arrivent encore, mes braves parents. Bonne journée et vite passée. Les adieux. Bohdane m’aime bien. Tonton a bien vieilli. La gare, baisers de la main. Vive ma Pologne, malgré tout.
Lundi soir, on apprend que le départ est pour demain. Nuit précipitée. Les sous-officiers cannent. Tout ce me semble bien banal et trop émotionnant. Préparatif de départ, la gare et en route.
Mardi 9 février. En route, en route. On traîne. Dans le train jusqu’au soir. À Villepreux, adieux à la vie. Beaux adieux. Mon lorgnon en tombe. Du verre cassé. Aï, aï, aï. Quel majeur ! C’est la fatalité. Soirée mi-triste, mi-gaie en compagnie des aspirants. Enfin, après avoir tournoyé autour de Paris, on arrive vanné à Châlons-sur-Marne. On piétine, les hommes sont las, las. Cantonnement à 3 km de Châlons. Puis après une attente de 4 heures et le ventre vide et les poilus geignant, on arrive à notre nouveau cantonnement : Sarry [Près de Châlons-en-Champagne]. Je n’ai guère eu le temps de penser, de songer, pauvre vie !!! Continuons. De Sarry, beau point de vue sur le canal. Je me cherche un coin agréable.
Mercredi se passe et jeudi, mais on fait de l’exercice idiot. Mes parents ne m’écrivent pas. Le canon gronde toujours… Canon !! Oh ! oh ! Ça va barder, qu’on va souffrir.