09/04/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne implore son petit frère chéri d’être prudent tout en l’exhortant à faire son devoir. Est-ce compatible ? Elle lui conseille de s’en remettre à Dieu et d’y puiser le courage. Elle réalise que la guerre va durer, que son Camille va partir au front et qu’il pourrait ne pas revenir.
Jeanne La Rochelle,
Mon cher petit Camille,
Je suis bien étonnée et inquiète de ne rien recevoir de toi. Es-tu parti sur le front ? Mais dans ce cas tu aurais écrit avant ton départ ; quoi qu’il en soit, je tremble ; peut-être es-tu malade ? Donne vite de tes nouvelles, mon cher petit frère, ne tarde plus. Pense que nous sommes tourmentés.
Je suis à La Rochelle depuis quelques jours, je retourne à Matha mardi prochain. Écris-moi donc là-bas, je ne pense pas que ta lettre arriverait ici avant mon départ. Écris aussi à Émilia qui s’inquiète. Tes petits neveux sont en bonne santé et t’embrassent. Henri devient mignon au possible.
Quelle tristesse partout, quand se termine cette maudite guerre si remplie de souffrances et d’épreuves. J’étais loin de penser que tu partirais aussi au feu, mon frère chéri ; quels tourments incessants ! Fais ton devoir, mais soit prudent, mon petit Camille, reviens-nous, pense à notre douleur sans cela.
Charles m’écrit qu’il a fait ses Pâques dans les tranchées, pense aussi au Bon Dieu, mon Camille, prends auprès de Lui la vraie force et le courage, c’est la seule consolation.
Allons, vite, dis-moi ce que tu deviens, où faut-il t’écrire. J’envoie ma lettre à Pontarlier toujours, on fera suivre si hélas ! tu n’y es plus. J’espère que de toute façon cela te parviendra.
Toute la famille t’embrasse et je t’envoie mes plus affectueux baisers. Ta petite sœur Jeanne.
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27/03/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

La famille ne sait toujours pas le décès de Maxime. Jeanne garde espoir de revoir ses trois frères après la guerre. Camille tarde toujours à écrire. La peine de Jeanne transparait dans la lettre.
JeanneMatha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
Pourquoi tant tarder à m’écrire ? Je m’inquiète à ton sujet et suis à me demander si tu es toujours à Pontarlier. Hélas, ton tour de partir au feu est aussi rendu. J’espérais tant que la guerre serait terminée avant ! Courage donc, mon petit frère, tu va suivre tes aînés. Vivons dans l’espoir que Dieu nous protègera et vous ramènera tous trois à nous qui vous aimons tant. Je ne puis croire que tu serais parti déjà sans m’avoir prévenu par un mot. Écris-moi vite et reçois de ta petite sœur les plus affectueux baisers. Jeanne.
Nos vacances auront lieu le samedi avril. Tu peux donc m’écrire encore à Matha.

28/02/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne ne reçoit plus de lettre de son petit frère chéri. Elle l’assène de questions, et l’informe des nouvelles de leurs frères. Charlot dans les tranchées, Maxime qui s’en approche et Marius qui vient d’être réformé.
Jeanne Matha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
Que veut dire ce long silence ? Si je n’avais pas eu de tes nouvelles par Émilia, je serais très inquiète. Trouve un petit moment pour me faire savoir ce que tu deviens, que te fait-on faire au régiment ? Tonton m’a dit que tu suis le peloton des élèves-caporaux. Penses-tu être reçu ? Dans ce cas, dans combien de temps aurais-tu tes galons ? Ta santé est-elle toujours bonne ? Tu a eu à souffrir du froid, mon pauvre frère chéri. J’ai bien pensé à toi. As-tu quelquefois des nouvelles de Charlot ? Il m’envoie souvent des cartes. C’est dur dans les tranchées, mais le courage ne lui manque pas.
Maxime approche du front. Marius est réformé… Tu es toujours sérieux, je suis sûre. J’ai confiance en toi. Manques-tu de quelque chose ? J’ai vu dernièrement Émilia et les deux petits à Aumagne. Ils sont tous bien portants. Ma santé est bonne aussi.
Je vois avec peine les mois s’écouler sans que la guerre se termine, il faudra sans doute te voir parti aussi… Malgré cela, vivons dans l’espérance. Écris-moi vite. Je t’embrasse affectueusement. Jeannette.

04/01/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne ne cache plus son angoisse. Maxime, Charlot et Marius sont au feu ou sous peu. Elle supplie Camille de lui écrire, il ne lui donne pas de ses nouvelles aussi souvent qu’elle le souhaiterait. Mais le reste de la famille est logé à la même enseigne. Camille n’aimerait-il pas écrire ? Et pourtant, ce sont des dizaines de lettres qui me sont parvenues ! La famille Zaleski, à l’image du grand-père poète Bohdan, voue d’étonnantes prédispositions pour l’écriture épistolaire. Non seulement les frères et sœurs s’écrivent régulièrement, mais aussi les cousins et les amis. Pendant ces temps de forts troubles, La Poste aux armées fonctionne à plein régime !
JeanneMatha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
J’espère que tu es toujours en bonne santé. J’ai su par Émilia combien il fait froid dans ta chambrée. Es-tu bien couvert ? N’as-tu pas trop à souffrir ? Écris-moi bientôt, le temps me semble long sans rien de toi. Que fais-tu au juste ? T’habitues-tu à ton métier de soldat ? Je tremble sans cesse pour notre pauvre Charlot qui doit être dans les tranchées. Comme il doit souffrir ! Maxime est parti hier pour le front et bientôt ce sera le tour de MariusLettre de Jeanne-04-02-1915 qui est soldat à Ancenis. La France fait appel à tous les dévouements. Espérons qu’elle vaincra bientôt et que Dieu protégera tous ceux que nous aimons.
Je suis en bonne santé ainsi que toute la famille. Je vis avec vous tous par la pensée et suis toujours dans l’attente de nouvelles. Ne me fais pas attendre trop longtemps mon cher petit frère et reçois les affectueux baisers de ta sœur Jeannette. Dis-moi bien si tu reçois cette carte, je crains toujours qu’elles ne parviennent pas.

21/01/1915 – Lettre de Jeanne à Camille

Jeanne écrit depuis le pensionnat de Matha où elle est institutrice. Elle donne à Camille des nouvelles de la famille. Elle est très inquiète pour la santé de ses frères. Elle propose à Camille de lui tricoter une écharpe. Enfin, elle livre ses espoirs de la fin de la guerre, cependant sans plus y croire.
JeanneMatha, Pensionnat libre
Mon cher petit Camille,
J’ai reçu toutes tes cartes et t’en remercie, mon petit frère. Un mot de temps en temps me rassure sur ton sort ; lorsque tu auras un peu de temps, écris-moi plus longuement. Il me tarde de connaître davantage ta nouvelle vie. T’y habitues-tu ? J’espère bien que cette affreuse guerre sera terminée avant le départ de ta classe au front, et cependant, cela va si lentement qu’on ne sait que penser. Je suis heureuse de te savoir en bonne santé. Es-tu bien nourri, bien vêtu ? Il doit faire plus froid dans ces contrées. Tâche de ne pas prendre mal. As-tu besoin d’un cache-nez ? Dis-le-moi vite, je t’en ferai un.
Toute la famille se porte bien. Dédé qui était venu passer une quinzaine à Aumagne est reparti. Ces jours-ci, j’ai pu aller le voir deux fois, il est toujours un amour.
Charles est parti vers le front. Il n’y est pas encore, mais il ne va pas tarder. J’ai eu dernièrement des nouvelles. Il faut toujours lui écrire à Paris, au Grand-Palais. Il me tourmente bien ce pauvre petit frère : pour le moment, sa santé est bonne.
Maxime ne m’a pas écrit depuis quelque temps.
Mes pensées sont sans cesse près de vous trois. Je prie pour vous.
Je t’embrasse bien affectueusement, mon frère chéri. Ta petite sœur Jeannette.

22/04/1914 – Lettre de Jeanne à Camille

Découvrez la lettre de Jeanne à son petit frère qui repart à son école d’agriculture, en internat. Elle lui fait des recommandations touchantes, où transparaît l’amour quasi maternel de la sœur pour le frère. Elle éclaire aussi l’avenir sur le comportement du futur soldat.
JeanneMon cher petit Camille,
As-tu fait un bon voyage, à quelle heure es-tu arrivé à Grand-Jouan, as-tu rencontré les camarades dont tu parlais ? Tu as oublié ta cravate bleue. Comme je sais qu’elle t’est utile, je vais me rendre à La Poste tout à l’heure pour te l’envoyer, ainsi qu’un mouchoir que tu as laissé ici. LeLettre22041914s quelques jours passés près de toi m’ont semblé bien court, mon petit Camille, mais trois mois seront bien vite passés et nous serons – je l’espère – de nouveau réunis. Mange bien, porte-toi bien et travaille de même. Du courage, « toujours plus », n’est-ce pas mon petit frère ? Instruis-toi, tu en connais l’utilité, tu prépares ainsi ton avenir. Écris bien vite à tonton (Denis), si tu ne l’as pas encore fait. Ici tout le monde est en aussi bonne santé que lors de ton départ. Dédé est toujours un amour d’enfant et son petit frère profite à vue d’œil. Je ne pars pas jeudi, Émilia ayant son repos ce jour-là, nous le passerons ensemble. Je partirai donc vendredi pour Pons et samedi pour Matha. Écris-moi bientôt, et tu me diras si tu as reçu ta cravate. Je t’envoie les bons baisers de la part de tout le monde ici. Jeannette. Écris aussi à Charlot, cela lui fera plaisir.