18/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille écrit dans les tranchées. Il parle du temps qu’il fait, du brouillard et des belles après-midi d’automne, et des feux d’artifice incessants offerts par le camp adverse.
Portrait de Camille Le front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Voici encore 2 jours de tranchées de tirés. Encore 2 autres. Les nuits commencent à devenir fraîches maintenant. Un épais et froid brouillard s’élève le matin vers 1 heure environ et persiste jusque vers 9 heures. Le reste de la journée est belle, nous avons de superbes après-midi d’automne.
Enfin, on ne s’ennuie pas de trop tous en commun ; nous avons l’agrément fréquent d’un joli feu d’artifice.
J’espère voir Charles jeudi ou vendredi prochain.
Je suis en bonne santé. J’espère qu’il en est de même pour vous. Je vous embrasse affectueusement. Bien à vous. Camille.
Et mon camarade, il doit s’ennuyer maintenant. Est-il toujours sur la tablette à côté du piano ?
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15/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille repart le lendemain dans les tranchées. Il a reçu un colis de journaux, dont Le Matin… Il préférerait Le Temps ou Le Pèlerin, car Le Matin arrive jusqu’au front et est disponible à la vente. Il souhaite que son oncle lui mentionne les bons articles à lire. Il entame une correspondance avec le fils des amis de son oncle, Jean Birmann. Maxime en a beaucoup parlé dans son journal intime. Recevoir du courrier, de belles lettres, joliment tournées, doit être primordial pour ces hommes qui risquent leur vie tous les jours et se sentent si seuls dans cette furieuse tempête qui s’éternise.
Portrait de Camille Le front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je reçois vos charmantes lettres à l’instant. Je vous remercie de songer à moi ainsi. Inversement, je ne vous oublie jamais et ne patiente que dans l’espoir de vous retrouver le plus tôt possible. Je vous remercie pour le colis de journaux que vous m’avez envoyé. Cependant, il est inutile de m’envoyer Le Matin et le journal ici, car on peut se les procurer chaque jour moyennant 0,10 franc. Nous alternons René et moi pour l’achat de l’un d’eux. Ce qui m’intéresse le plus c’est Le Temps et Le Pèlerin. De même que si vous trouviez certains articles intéressants dans des livraisons quelconques, vous seriez bien aimable de mes les envoyer en soulignant ces bons articles.
Je n’ai pas vu Charles pendant ces deux jours de repos ; cependant, en allant porter mon linge chez Irsa (?), j’en ai eu des nouvelles par elle ; il est en bonne santé ; elle l’a vu hier soir, le 14 octobre. Ma santé est excellente, j’espère qu’il en est de même pour vous. Je monte aux tranchées demain soir. Je place dans cette carte-lettre une pensée cueillie sur les dunes de Belgique à quelques kilomètres des Boches. Bons baisers, mon cher oncle et ma chère cousine.
Vivement la paix qui finira mon exil !
J’ai écrit à Jean Birmann, hier, une lettre très cordiale. J’espère qu’il ne tardera pas à me répondre. Je suis, en effet, certain que son amitié est précieuse et agréable puisque Maxime se l’était approprié presque entière. Il écrit si gentiment, si bien. Bien à vous. Camille.

11/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Pour Camille, c’est le baptême du feu… Son oncle le presse de lui dire ses impressions. Il se veut rassurant : « Il faudrait de la malchance pour que suis sois touché ».
Portrait de CamilleLe front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Tout d’abord mon cher oncle, je vous souhaite une bonne et heureuse fête et espère pouvoir vous le souhaiter ainsi pendant de longues années. Vous excuserez, je vous prie, mon léger retard, mais je reviens cette nuit même des tranchées de 1ère ligne, où je viens d’y tirer 4 jours.
Je viens de recevoir votre carte-lettre. Vous dire mes impressions… Elles sont nombreuses et diverses. Je ne puis vous les mentionner maintenant, ce serait trop long. Tout ce que je puis vous assurer, c’est que j’ai eu quelques frayeurs, surtout les deux premiers jours. Enfin, on s’y fait. Les obus ne vous font presque rien, à plus forte raison les balles. Enfin, je suis prévenu, par ce peu de pratique au combat, contre toute imprudence ou ignorance au danger ; il faudrait de la malchance pour que je sois touché.
J’espère que vous êtes tous deux en bonne santé. La mienne est excellente, ainsi que celle de René (Bador) qui est toujours à mes côtés. Il me charge de le rappeler à votre bon souvenir.
Vous aussi, chers parents vous me manquez beaucoup, non seulement à 18 heures, mais à toute heure du jour. J’ai vu Charles jeudi dernier. Je dois le voir demain.
Recevez mes chez parents les meilleurs baisers de votre Camille.

07/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Dans les tranchées, coups de canon le jour, fusées la nuit. Camille dit s’y habituer. Vraiment ? Il s’extasie sur la mer, les vagues qui viennent mourir à ses pieds… Soulagement peut-être ou satisfaction : il combattra aux côtés de son meilleur ami Bador. 4 jours en 1ère ligne, 4 jours de repos. Et ainsi de suite jusqu’à une éventuelle permission. Ce n’est pas encore pour Camille, contrairement à Charles qui vient le voir en vélo. Il attend sa permission depuis des mois.
Portrait de Camille Du front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je suis définitivement classé à la 7e escouade avec René Bador. Nous couchons à côté l’un de l’autre. Nous sommes au repos jusqu’à demain soir, ensuite dans les tranchées de 1ère ligne pendant 4 jours, car nous faisons 4 jours de 1ère ligne, 2e ou 3e ligne, puis 4 jours de repos.
J’espère voir Charles cet après-midi.
Albert est au même bataillon que moi à la 43e Compagnie. Je le vois chaque jour.
Je vous remercie pour toutes les bontés que vous avez eues pour moi. Je vous en garderai une reconnaissance durant toute ma vie.
Les premiers instants m’ont paru drôles : le canon dans la journée et les fusées la nuit. Mais maintenant, j’y suis totalement habitué. Nous sommes tout au bord de la mer. La journée est superbe, les vagues viennent mourir presque à nos pieds. La nourriture est bonne, vin tous les jours.
Bons baisers chers parents, votre neveu qui vous aime. Camille.
Bonjour à Rose.
Mon bon souvenir à Mademoiselle Blanche.

06/10/1915 – Lettre de Camille à Denis

Camille connaît enfin son affectation : en Belgique. Au front, il retrouve Rodzinski et René Bador, son meilleur ami, qui tombera sous la mitraille le 24 décembre 1916.
Portrait de Camille Du front, Oostduinkerke (Belgique)
Chers parents,
Je suis affecté à la 44e Compagnie, 11e Bataillon. Je suis à la même compagnie que Rodzinski et à la même section que Bador. Rodzinski est cité à l’ordre de l’armée et par le fait même est possesseur de la Croix de guerre. Je vous écris à côté de mon René (Bador) qui écrit lui-même à ses parents.
Rodzinski a vu Charles hier et lui a parlé. Il se trouve cantonné à 5 km de moi. Charles doit venir voir Rodzinski demain après-midi en bicyclette. Jugez de sa surprise lorsqu’il m’apercevra.
Nous avons eu 36 heures de voyage. Je ne suis pas trop fatigué. J’espère que vous êtes toujours en bonne santé. Je vous remercie de toutes les bontés que vous avez eues pour moi. Je vous écrirai plus longuement bientôt.
Bons baisers. Camille.