03/03/1915 – Journal intime de Maxime

213e jour de guerre. Piètre commandement. Parties de cartes entre camarades. Un bon lit. Une accalmie avant de se confronter à la mort. La rêverie s’incline face à dame Lucidité. Tuer ou être tué ? Au diable bassesse, misère, sottise ! Maxime mise sur la maîtrise de soi… et un peu de folie. 
Mercredi 3 mars. En avant pour un nouveau cantonnement, de Poix à Bussy, 20 km à l’est de Châlons. Nous avons voyagé en autocar, svp. En auto il faisait froid. ça m’abrutissait. Ce voyage pourtant me rappelait mes randonnées à Dembiniec quand xxxxx me disait « Vous serez poète et un grand poète« . Lointain passé chassé chéri.
Ce cantonnement n’est pas emballant, car  nos chefs ne savent guère se débrouiller et nous avons les plus sales coins infinis après maintes péripéties. Je déniche un lit, un bon lit, oh ! quel luxe, et qu’on y dort bien. Et puis après avoir bouffé dans les escouades, un coin où une vieille demoiselle me sert, on y est bien. Demeurons-y.
Un départ pour le 102e. Je n’en suis pas. Je laisse l’adjudant Dubois.
Un bon coin pour jouer au bridge avec Callou. Je m’y remets à ce jeu sacré.
Une église potable avec un cimetière suffisant. Endormi avec les jours nouveaux et les lettres qui m’arrivent. C’est la bonne vie qui commence, trop bonne pour qu’elle dure. Alleluia, alleluia. Adsum, adsum de plus en plus.
Mercredi soir. Ça y est. Je suis du départ. De retour le 3 mars, le nous serons en route pour où aller. En route et nargue à tous. Ah ! j’en ai assez vu de misère, de bassesses humaines, de sottises. Allons au combat, tuer et en finir, mourir ou être blessé !! Voilà la vie. J’approche de mon heure la plus grave. Calme, maître de moi ; serai-je ainsi toujours et la folie ne serait-elle pas proche ?
En avant. Jean (Birmann) y est bien au feu. À mon tour. Concentrons-nous, narguons tout, et que la danse des balles commence ! Et bientôt armés d’une ardeur nouvelle, nous entrerons aux splendides villes.

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26/02/1915 – Journal intime de Maxime

208e jour de guerre. Victor Hugo rattrape Maxime qui se remémore ses soirées avant guerre. Le moral balance toujours entre lettres et solitude. Il part à regrets de Poix laissant le charmant cimetière et ses rêveries.
Vendredi 26 février. Salut à toi, Père Hugo [Victor], où sont Les Burgraves et ce bon Triboulet [Pièce Le roi s’amuse] ? Adieu belles soirées.
Du nouveau. Semaine d’ennui. Pas de nouvelles de Jean (Birmann). Je m’inquiète. De Toulon, de bonnes lettres. Oh ! Je ne suis plus si seul. On part en route pour une nouvelle destination. On ne sait où. Adieu Poix, brave église, cimetière charmant. Adieu ma paille, mes rêves vers « Madre », vers ma Béatrice. Adieu tout et en route vers le feu, la bataille, la Mort.