23/12/1915 – Lettre de Denis à Camille

Noël approche et Camille est loin. Il passera les fêtes sans sa famille. La lettre Denis se veut encore plus tendre que d’habitude. Il cherche aussi à faire vibrer chez son neveu la fibre patriotique pour qu’il se rappelle pourquoi il se bat et qu’il doit lutter jusqu’au bout pour rendre la France victorieuse. Noël sera bien triste dans la famille endeuillée.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
J’ai reçu ta carte du 21 de ce mois ; merci pour ton souvenir et tes vœux affectueux. Oui, mon cher enfant, nous passerons tristement ces jours de fête qui seront pour nous des jours de deuil. Il manque déjà trop d’êtres que nous aimions tant, ta tante, Maxime et Bernard. Mais toi, tu es jeune, il faut que tu sois courageux en face de l’adversité. Il faut lutter jusqu’au bout et espérer que la victoire viendra couronner les efforts de la France et des alliés. Oui, espérons que l’année prochaine, nous serons tous réunis.
Ton frère Charles doit revenir demain vendredi et Jeanne a écrit qu’elle arriverait ce lundi.
Bons baisers de nous tous, mon cher Camille, sois courageux le jour de Noël. Ton oncle Denis.
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18/05/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis espère lui aussi que Camille reste le plus longtemps possible à Pontarlier… parce que le climat est vivifiant en cette saison ! Le sens du devoir l’empêche de dire qu’il ne voudrait pas qu’il aille lui aussi au front. La douleur de perdre Maxime est toujours prégnante. Pourra-t-il surmonter un autre décès ? La famille le pourra-t-elle ? Denis ne peut le dire, ne doit pas le dire.
Portrait de Denis Mon cher Camille,
J’ai reçu ta dernière carte par laquelle tu m’annonces que tu es resté encore à Pontarlier. J’espère que ma lettre et la carte de Jeanne te trouveront encore en cette ville. Il doit y faire bon maintenant que le soleil est plus chaud et que les sapins commencent à pousser et à exhaler leur parfum vivifiant. Je souhaiterais que tu puisses rester le plus longtemps possible dans cette région, afin de te fortifier.
As-tu reçu le paquet que je t’ai envoyé il y a quelques jours avec une chemise, c’est plutôt Bohdane que moi qui t’a envoyé, car c’est elle qui l’a préparé avec le soin qu’elle met toujours. As-tu besoin encore de quelque chose, écris-le franchement, car lorsque tu seras sur le front, les communications seront plus difficiles.
Nous avons eu des nouvelles de Charles, il se bat en Belgique et il est fatigué, car il a eu peu de repos. Les Boches attaquent continuellement et il faut être toujours en état de les repousser. Il a changé de bataillon et de compagnie. Il faut adresser désormais les lettres à M. C. Z. Fourrier au 1er régiment de marins, 1er Bataillon, 2e Compagnie, secteur postal 131.
Bernard a changé d’emplacement, nous ne savons plus où il se trouve, il a dû partir dans le nord de la France.
Émilia devait arriver à Paris avec Dédé pour nous voir, car il y a déjà longtemps qu’elle était venue. Mais au dernier moment, Dédé a attrapé la rougeole et il est à craindre que le petit Henri la gagne aussi.
Écris-nous plus souvent et donne-nous de tes nouvelles. Fais-nous connaître quand tu seras sur le point de partir sur le front et de quel côté tu crois être envoyé.
Bohdane se joint à moi pour t’embrasser tendrement. Ton oncle Denis.

03/05/1915 – Lettre de Denis à Camille

Denis a des nouvelles de Charles datées du 27 avril. Il va bien, ainsi que Bernard et Bronislas Okinczic, les cousins. L’on sait, par Charles lui-même, que l’épisode de la cave n’était pas de tout repos ! Ce jour-là, il avait échappé à la mort !
Portrait de Denis Mon cher Camille,
Je t’ai envoyé samedi deux colis par la poste et un mandat de cinq francs. J’espère que tu les as déjà reçus. Je viens de recevoir de ton frère Charles une lettre datée du 27 avril. Il est bien portant, et il est sorti indemne et sans égratignure de tous les combats en Belgique. Il est seulement fatigué par ces quinze jours de combats continuels et il se reposait dans une cave pour deux jours seulement, il devait après repartir pour le front. Nous étions très inquiets à son sujet, car depuis près de 23 jours il n’avait écrit à personne, ni à tes sœurs, ni à moi, ni à Bronis [Bronislas Okinczic, cousin], avec qui il correspondait. C’est un soulagement pour nous de le savoir en bonne santé après toutes ces terribles batailles aux environs d’Ypres et auxquelles il a assisté. Bernard est toujours dans le même secteur.
Donne-nous de tes nouvelles. Fait-il encore froid à Pontarlier ? Les journées doivent être bien belles ?
Bohdane et moi nous t’embrassons tendrement. Écris-moi, ton oncle Denis.